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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2312772

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312772

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2312772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. A... B... visant à annuler le rejet de sa demande de regroupement familial par le préfet du Val-de-Marne. Le tribunal a estimé que le préfet avait légalement apprécié les conditions de ressources et de logement, en prenant en compte l'avis du maire comme l'exige la procédure. La décision s'appuie principalement sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (articles L. 434-7, L. 434-8, L. 434-10 et R. 434-23).

Texte intégral

(9ème chambre)Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 30 novembre 2023, 27 mars, 23 octobre et 31 décembre 2024 et le 29 mai 2025, M. Prince C... A... B... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa demande ;

3°) de condamner l’Etat aux « dépens en raison du préjudice moral et matériel injustement subi ».

Il soutient que :
- le préfet n’a pas pris en considération les documents adressés en 2022 ; le préfet n’a pas tenu compte de l’évolution de sa situation financière ; il dispose de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;
- le préfet n’a pas pris en considération l’avis du maire pour apprécier la condition de conformité de son logement ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant dès lors que sa fille mineure, née en 2024, se trouve séparée de lui ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le préfet du Val-de-Marne, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Gauthier-Ameil a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.



Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant sri-lankais, a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par une décision du 11 octobre 2023, le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A... B... demande au tribunal d’annuler cette décision.


2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 434-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorisation d’entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l’autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l’étranger ou le maire de la commune où il envisage de s’établir. / Le maire, saisi par l’autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l’article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l’expiration d’un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l’autorité administrative ». L’article L. 434-11 du même code énonce que : « Lorsque la vérification des conditions de logement n’a pas pu être effectuée car le demandeur ne disposait pas encore du logement nécessaire au moment de la demande, le regroupement familial peut être autorisé si les autres conditions sont remplies et après que le maire a vérifié sur pièces les caractéristiques du logement et la date à laquelle le demandeur en aura la disposition. ». Selon l’article R.434-23 de ce code : « A l’issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l’Office français de l’immigration et de l’intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l’absence de réponse du maire à l’expiration d’un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable ».


3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-de-Marne n’aurait pas pris en considération l’avis du maire de la commune de résidence de M. A... B... avant de se prononcer sur sa demande de regroupement familial.


4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique : / (…) ». Aux termes de l’article L. 434-8 du même code : « Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / (…) ». L’article R. 434-4 de ce code dispose que : « Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / (…) ».


5. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant des ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Néanmoins lorsque ce seuil n’est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l’évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. L’autorité administrative, qui dispose d’un pouvoir d’appréciation, n’est pas tenue par les dispositions précitées, notamment dans le cas où est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale, tel qu’il est protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


6. M. A... B... ne conteste pas sérieusement que, sur la période de référence de douze mois précédant le dépôt de sa demande, ses ressources étaient inférieures au seuil prévu par les dispositions citées au point 4. Si le requérant soutient que le préfet du Val-de-Marne n’a pas tenu compte de l’évolution de ses ressources, il ne ressort pas des éléments versés au dossier, et, notamment, de son avis d’impôt 2023 sur les revenus de 2022 et de ses déclarations trimestrielles de chiffre d’affaires pour 2022 et 2023, que ses ressources auraient évolué de manière significative après le dépôt de sa demande et, en particulier, auraient excédé le montant du salaire minimum de croissance. Le moyen doit, dès lors, être écarté.


7. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».


8. D’une part, si M. A... B... soutient que la décision attaquée a pour effet de le maintenir éloigné de son épouse, une telle circonstance ne saurait, par elle-même, caractériser une méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D’autre part, si le requérant se prévaut de la naissance de sa fille, au mois de mai 2024, cette circonstance est postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu’être écarté.


9. En dernier lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».


10. M. A... B... soutient que la décision attaquée méconnait l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant dès lors qu’elle a pour effet de le séparer de sa fille mineure. Toutefois, ainsi qu’il a été dit précédemment, la naissance de sa fille est postérieure à la décision attaquée et, par suite, sans influence sur sa légalité.


11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... B... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles tendant à la mise à la charge de l’Etat des entiers dépens ne peuvent également qu’être rejetées.



D E C I D E



Article 1er : La requête présentée par M. A... B... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince C... A... B... et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Gauthier-Ameil, premier conseiller,
M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.


Le rapporteur,




F. GAUTHIER-AMEIL

La présidente,




S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,




S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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