Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313164
mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313164 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a retiré sa décision du 10 juillet 2023 lui accordant le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et sa fille et a rejeté sa demande ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui accorder le bénéfice du regroupement familial, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été invité à compléter son dossier ;
- est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits ;
- fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais, a sollicité, le 19 juillet 2021, le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur fille. Par une décision du 10 juillet 2023, la préfète du Val-de-Marne lui a accordé le bénéfice du regroupement familial. Toutefois, par une décision du 6 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a retiré sa décision du 10 juillet 2023 et a rejeté sa demande aux motifs qu'il ne justifiait plus de ressources et d'un logement suffisants pour accueillir sa famille.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ". Aux termes de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, après que M. A l'a informé, par un courrier reçu en préfecture le 13 octobre 2023, de l'état de grossesse de son épouse, la préfète du Val-de-Marne a retiré sa décision accordant le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de leur premier enfant et a rejeté sa demande, au motif qu'il ne répondait plus aux conditions de ressources et de logement dès lors que son foyer se compose désormais de quatre personnes. Toutefois, il ne ressort d'aucune disposition légale ou réglementaire ni d'aucun principe que les conditions de logement et de ressources prévues pour solliciter le regroupement familial doivent être appréciées en tenant compte d'un enfant à naître. Dans ces conditions, en refusant à M. A le bénéfice du regroupement familial au motif qu'il ne remplissait pas les conditions de logement et de ressources pour un foyer composé de quatre personnes, la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 novembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a retiré sa décision du 10 juillet 2023 et lui a refusé le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et sa fille.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Dans la mesure où il annule la décision retirant la décision du 10 juillet 2023 faisant droit à la demande de M. A, en sorte que cette dernière décision est rétablie dans l'ordonnancement juridique, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète du Val-de-Marne du 6 novembre 2023 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
M. Robin
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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