Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023 sous le n° 2313514, M. B... A..., représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté référencé « 3F » en date du 30 novembre 2023 pris par le préfet de la Sarthe et portant suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Sarthe de lui restituer son permis de conduire dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
M. A... soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut de motivation en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, en ce qu’il ne comporte aucun élément de fait ou de droit sur lesquels repose l’appréciation du préfet pour justifier sa décision ;
- il est entaché d’un non-respect des droits de la défense en ce qu’il n’a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à l’édiction de la mesure litigieuse, en violation des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- il est entaché d’un non-respect des droits de la défense en ce qu’il n’a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à l’édiction de la mesure litigieuse, en violation des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- l’arrêté litigieux viole l’article R. 221-13 du code de la route ;
- il méconnaît l’article R. 235-6 du code de la route et l’article 1er de l’arrêté du 13 décembre 2016 ;
- l’arrêté ne comporte pas les mentions relatives à l’homologation de l’appareil ayant servi au contrôle de la vitesse de son véhicule, en violation des articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- l’arrêté querellé du 30 novembre 2023 du préfet de la Sarthe ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
En application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique du 4 septembre 2025, en présence de Mme Darnal, greffière d’audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.
Ni le requérant, ni le défendeur ne sont présents ou représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe a, par arrêté du 30 novembre 2023 référencé « 3F », décidé de la suspension provisoire et immédiate du permis de conduire de M. B... A..., né le 7 juillet 1986, pour une durée de six mois suite à l’infraction routière constatée le 25 novembre 2023 à 10 heures 50 sur la commune de Degré (72550). Par la requête susvisée, M. A... demande l’annulation de cette décision préfectorale.
Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté préfectoral :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) » ; aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. »
3. L’arrêté litigieux du 30 novembre 2023 comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la suspension du permis de conduire de M. A... pour une durée de six mois puisqu’il vise les articles L. 121-5 à R. 224-19-1 du code de la route et précise que l’intéressé a fait l’objet le 25 novembre 2023 à 10 heures 50 sur la commune de Degré d’une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir consommé des substances ou plantes classées comme stupéfiants en application de l’article R. 235-5 du code de la route. Le préfet en déduit que M. A... représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Il s’ensuit que l’arrêté litigieux est suffisamment motivé en droit comme en fait au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. La circonstance que l’arrêté ne mentionne pas l’article du code sanctionnant l’infraction de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, en l’espèce l’article R. 235-1 du code de la route, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué qui n’est pas un procès-verbal d’infraction mais un arrêté de suspension de permis de conduire. De même, la circonstance que l’arrêté est pris sur formulaire type pré-imprimé n’empêche pas celui-ci d’être suffisamment motivé en fait comme en droit s’il contient, comme c’est le cas en l’espèce ainsi qu’il a été dit, les considérations de droit et de fait fondements de la mesure de suspension litigieuse imposée à M. A.... Il s’ensuit que l’arrêté litigieux est suffisamment motivé en droit comme en fait au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. D’ailleurs, le requérant a été en mesure de présenter une requête assortie de moyens, manifestant par-là qu’il a compris la motivation de la mesure prise à son encontre.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 224-2 du code de la route : « I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : (…) / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 (…) / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas (…) de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. » ; aux termes du quatrième alinéa de l’article L. 235-2 du même code : « (…) Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. »
5. M. A... soulève la violation des dispositions de l’article L. 235-2 précité du code de la route en soutenant qu’il n’est aucunement démontré que le préfet a agi connaissance prise des résultats des analyses et examens médicaux, cliniques et biologiques matérialisant l’infraction reprochée. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n’oblige le préfet à mentionner dans un arrêté de suspension de permis de conduire la procédure de dépistage des produits stupéfiants prévue par l’article R. 235-3 du code de la route. Par suite, ce troisième moyen sera écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. » ; aux termes de l’article L. 121-2 de ce code : « Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles (…) » ; aux termes de l’article L. 122-1 de ce code : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. »
7. Compte tenu des conditions particulières d’urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu’un conducteur ayant commis un grave excès de vitesse retrouve l’usage de son véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration cité au point précédent.
8. D’une part, M. A... soutient que la mesure de suspension de son permis de conduire est entachée d’un non-respect des droits de la défense en ce qu’il n’a pas été mis en mesure de présenter des observations écrites préalablement à l’édiction de la mesure litigieuse ; de même, il n’a pas été en mesure de présenter une quelconque défense et ce alors même que la situation constatée ne présentait aucun caractère d’urgence. Toutefois, en application de ce qui a été développé au point précédent, le préfet pouvait s’abstenir de mettre en œuvre les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 précités du code des relations entre le public et l’administration, compte tenu de l’urgence.
9. D’autre part, M. A... soutient qu’il n’y a aucune urgence ni aucune circonstance exceptionnelle caractérisée pour que le préfet déroge à l’obligation prévue aux dispositions précitées de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration. Toutefois, il n’est pas contesté que l’intéressé a été contrôlé positif au test de dépistage de stupéfiants et que les analyses ont révélé qu’il conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Son comportement routier caractérise donc bien des circonstances exceptionnelles au sens de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration. Au surplus, en application du I de l’article L. 224-2 du code de la route, le préfet ne dispose que d’un délai de 120 heures (soit 5 jours) à partir de la date de la rétention pour édicter son arrêté de suspension de permis de conduire, ce qui est insuffisant pour mettre matériellement en œuvre la procédure de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ; de sorte que la condition d’urgence de l’article L. 121-2 du même code se trouve satisfaite.
10. En quatrième lieu, aux termes de l’article R. 221-13 du code de la route : « Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; / 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus. ».
11. Pour contester la légalité de l’arrêté en litige prononçant la suspension de son permis de conduire en raison de l’infraction commise le 25 novembre 2023, M. A... ne peut utilement invoquer une imprécision quant aux mentions relatives à l’obligation pour le conducteur qui s’est vu suspendre son droit de conduire de se soumettre à une visite médicale pour obtenir la restitution de son titre au terme de la période de suspension. Un tel moyen ne serait en effet opérant que pour contester un éventuel refus de restitution au terme de cette période. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l’article R. 221-13 du code de la route sera écarté comme inopérant.
12. En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 235-2 du code de la route : « Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou la police nationales territorialement compétents et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints font procéder, sur le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur impliqué dans un accident mortel ou corporel de la circulation, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. » Le requérant ne peut utilement se prévaloir devant le juge administratif de ce qu’il n’est pas en mesure de s’assurer de la régularité du caractère positif du prélèvement salivaire réalisé, l’appréciation de la matérialité d’une infraction relevant de l’office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L.235-2 ne peut qu’être écarté comme inopérant.
13. En dernier lieu, la circonstance que l’arrêté ne comporte pas les mentions relatives à l’homologation de l’appareil ayant servi au contrôle de la vitesse de son véhicule, en violation des articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté préfectoral du 30 novembre 2023 qui n’a pas été pris suite à un excès de vitesse commis par M. A... mais parce que celui-ci conduisait après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté préfectoral du 30 novembre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions à fin d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.
Le magistrat désigné,
C. FreydefontLa greffière,
L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l’Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,