Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313539
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313539 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, Mme C A, représentée par Me Desenlis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de carte de résident, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique présenté le 21 août suivant ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur manifeste.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- les conclusions de M. Delmas, rapporteur public ;
- et les observations de Me Desenlis, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante chinoise née en 1964, est entrée en France, selon ses déclarations, en 2008. Elle s'est mariée avec M. D, ressortissant français né en 1947, et a bénéficié en qualité de conjointe de français d'une carte de résident valable jusqu'en 2023 dont elle a sollicité le renouvellement, après avoir divorcé et s'être remariée en 2019 avec M. B, ressortissant français né également en 1947. Par arrêté du 19 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. Un recours hiérarchique a été présenté le 21 août suivant. Par la requête susvisée, l'intéressée sollicite l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de ce recours gracieux.
2. Aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage () ". Aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée () ".
3. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer une carte de résident à Mme A après avoir considéré que celle-ci n'avait plus sa résidence en France de façon stable et habituelle et relevait ainsi des dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle avait déclaré avoir sa résidence principale en Belgique depuis 2019 dans ses déclarations de revenus en France faites auprès des services fiscaux et auprès de la Sécurité sociale. A l'appui de ses écritures en défense, le préfet de Seine-et-Marne produit des échanges de courriels avec les services de la direction départementale des finances publiques, de la Caisse primaire d'assurance-maladie et de la Caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne dont il ressort que la requérante s'est établie en Belgique depuis le mois de juillet 2019.
4. Pour contester les éléments ainsi mis en avant et soutenir qu'elle réside habituellement en France, Mme A produit des courriers qui lui sont adressés à une adresse à Meaux qui ne correspond pas à celle de son domicile, des factures EDF de son domicile, des justificatifs de présence sur l'ensemble du territoire français et des attestations de témoins. Néanmoins, aucune de ces pièces n'est suffisante pour remettre en cause les éléments cités au point précédent qui établissent qu'elle résidait en Belgique avec son époux depuis le mois de juillet 2019. Dans ces conditions, l'intéressée, qui ne saurait utilement se prévaloir, en tout état de cause, d'une déclaration fiscale rectificative établie par ses soins postérieurement à l'arrêté attaqué, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne, en estimant qu'elle avait quitté la France pendant plus de trois années consécutives, sans interrompre cette absence par des retours autres que purement ponctuels, et que sa carte de résident était ainsi périmée à la date à laquelle elle en a demandé le renouvellement, et en rejetant pour ce motif cette demande, aurait entaché sa décision d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 19 juin 2023 et de la décision implicite rejetant le recours hiérarchique de la requérante doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé : P. MeyrignacLe président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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