Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2313684

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2313684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de Mme A C, qui contestait la décision de la préfète du Val-de-Marne du 23 novembre 2023 classant sans suite sa demande de naturalisation pour défaut de production de pièces complémentaires. La requérante soutenait ne pas avoir été informée des mises en demeure, mais le tribunal a jugé que l'administration avait correctement notifié ces demandes via le téléservice, conformément à l'article 35 du décret n°93-1362 et à l'arrêté du 3 février 2023. Faute de consultation de son espace personnel dans le délai de quinze jours, les notifications étaient réputées valides, et Mme A C n'a pas démontré d'impossibilité de produire les pièces due à des circonstances imprévisibles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme B A C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 23 novembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation.

Mme A C soutient que :

- elle n'a reçu aucune notification dans sa boîte électronique pour les trois demandes de complément en attente datant du 25 avril 2023 alors que c'était le cas pour toutes les autres notifications envoyées ;

- elle a découvert pour la première fois les mises en demeure le 28 novembre 2023 lors de la réception de la notification de la décision attaquée ;

- le 27 avril 2023 elle a changé son mot de passe sur l'application et n'avait reçu aucune notification sur la plateforme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de Mme A C en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n °93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française, et notamment son article 3 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;

- les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C demande l'annulation de la décision du 23 novembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation pour défaut de production des pièces complémentaires dans le délai fixé par une mise en demeure adressée sur le fondement de l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Le droit applicable :

2. Aux termes de l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " L'autorité qui a reçu la demande () peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation (), mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 35 du décret du 30 décembre 1993 : " Lorsque la demande a été déposée au moyen de l'application informatique mentionnée au premier alinéa, les notifications adressées au demandeur se font au moyen de celui-ci dans des conditions précisées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations. Le demandeur est alerté de toute nouvelle communication par un message envoyé à l'adresse électronique qu'il a indiquée dans son compte usager. Ce message précise l'objet de la communication et, le cas échéant, le délai qu'elle impartit à l'intéressé ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 : " Tout message sur l'espace personnel de l'usager est réputé lui être notifié à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application. A défaut d'une telle consultation dans le délai de quinze jours calendaire suivant sa date de mise à disposition sur l'espace personnel, ce message ainsi que, le cas échéant, le fichier joint, sont réputés notifiés à cette dernière date, à l'issue de ce délai ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 40, du dernier alinéa de l'article 35 décret n° 93-1362, ainsi que de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application de cet alinéa, qu'il appartient à l'administration d'établir la date de la notification de la mise en demeure de produire les pièces complémentaires nécessaires à l'examen de la demande de naturalisation et que, lorsque la demande a été déposée au moyen du téléservice mentionné au point précédent, l'administration s'acquitte de cette charge en prouvant tant la mise à disposition du courrier sur l'espace personnel du demandeur dans le téléservice, que la date de cette mise à disposition et, le cas échéant, la date de sa première consultation. A ces dernières conditions, spécifiques à la notification au moyen du téléservice, tout message sur l'espace personnel est réputé notifié à l'intéressé à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application, et à défaut de consultation de l'espace personnel dans les quinze jours suivant la date de sa mise à disposition, le message est réputé notifié à cette dernière date, à l'issue de ce délai.

4. D'autre part, le défaut de production des pièces complémentaires dans le délai imparti peut, à lui seul, légalement justifier une décision de classement sans suite. Toutefois, l'impossibilité de produire les pièces dans le délai imparti, à raison de circonstances imprévisibles et indépendantes de la volonté du demandeur, dont ce dernier a justifié et informé l'administration dans les meilleurs délais, est de nature à faire obstacle à un tel classement sans suite. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur le respect de ces conditions d'application de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993. En l'absence de production des pièces demandées dans le délai imparti et de justification d'une impossibilité de respecter ce délai, l'autorité administrative dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour user de la faculté de classer sans suite la demande. Le juge de l'excès de pouvoir n'exerce alors plus qu'un contrôle restreint, en tenant compte de l'objet de la décision de classement sans suite, qui consiste seulement à mettre fin à l'instruction de la demande sans y statuer, et de la finalité du régime de classement sans suite, qui est d'améliorer l'efficacité des procédures d'instruction des demandes de naturalisation.

L'appréciation des faits :

5. En premier lieu, il est constant que la préfète du Val-de-Marne a mis en demeure Mme A C de produire des pièces complémentaires nécessaires à l'instruction de sa demande de naturalisation par un message qui lui a été mis à disposition sur son espace personnel, au moyen de l'application informatique prévue à l'article 35 du décret du 30 décembre 1993, le 25 avril 2023. La préfète du Val-de-Marne soutient sans être contredite qu'un délai de deux mois a été imparti à l'intéressée pour ce faire.

6. En second lieu, Mme A C soutient qu'elle n'a consulté son espace personnel que le 28 novembre 2023, lorsqu'elle a reçu un message dans sa boîte électronique l'invitant à consulter son espace personnel pour la notification de la décision attaquée, et que c'est à cette date seulement qu'elle a découvert la mise en demeure du 25 avril 2023. Elle soutient également que pour toutes les autres demandes adressées au moyen de l'application informatique dédiée elle avait reçu des notifications sur sa boîte électronique personnelle et qu'elle n'avait aucune demande en attente sur son espace personnel le 27 avril 2023 lorsqu'elle a modifié son mot de passe. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces versées à l'instruction que la mise en demeure a été mise à sa disposition sur l'espace personnel le 25 avril 2023. D'autre part, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023, à défaut de consultation du message sur l'espace personnel dans un délai de quinze jours calendaire suivant sa date de mise à disposition, la mise en demeure du 25 avril 2023 est réputée notifiée à Mme A C à cette même date. Or, la requérante n'établit ni même n'allègue avoir produit les pièces complémentaires exigées dans le délai de deux mois qui lui était imparti pour ce faire et qui courait à compter du 25 avril 2023. La circonstance qu'elle n'ait pas reçu de courrier électronique l'informant de l'existence de la mise en demeure sur son espace personnel ne permet pas de modifier le point de départ du délai tel que l'a déterminé l'arrêté ministériel du 3 février 2023 pris pour l'application du dernier alinéa de l'article 35 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Mme A n'est dès lors pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne se serait livrée à une inexacte appréciation du respect des conditions prévues à l'article 40 du décret précité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que sa requête doit être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,