Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401047

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Éloignement 12
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne avait obligé M. A, ressortissant tunisien, à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de trois ans. Le juge retient un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant, entré régulièrement en France en 1992 via un regroupement familial, dont les parents résident légalement en France et dont deux frères sont français. Cette annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence l'annulation des décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant l'interdiction de retour. L'État est condamné à verser 1 000 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 janvier 2024, le 8 février 2024 et le 25 septembre 2024, M. A, représenté par Me Velasco, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elle sont entachées d'incompétence ;

- la pièce n°2 intitulée " Garde à vue et OQTF " produite par la préfète est irrecevable et doit être écartée des débats, dès lors qu'elle est issue d'une procédure d'enquête couverte par le secret en vertu des dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur de droit (pas de menace à l'ordre public).

La décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- méconnaît les dispositions de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est disproportionnée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 23 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binet ;

- et les observations de Me Velasco, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- M. A ;

- et Me Kao du cabinet Actis Avocats, représentant la préfète du Val-de-Marne, absente, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Aux termes de l'article R.922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. "

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, entré en France en 1992, a été interpelé le 23 janvier 2024 pour des faits de violence conjugale. Par arrêté du 24 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de trois ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 24 janvier 2024.

2. L'arrêté du 24 janvier 2024 vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les règlements de l'Union européenne n°1987/2006 et 2016/299. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne a retenu que M. A ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables, alors que M. A justifie au cours de la présente procédure, sans être contredit par la préfète du Val-de-Marne, être régulièrement entré sur le territoire français dans le cadre d'un regroupement familial alors qu'il était âgé de trois mois et que ses parents résident en France et disposent de titre de séjour, que deux de ses frères sont titulaires de la nationalité française, qu'il travaille en France depuis 2017 et qu'il a sollicité des titres de séjour depuis sa majorité. Ainsi, M. A est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.

Sur les frais liés au litige :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : D. BINET

La greffière,

Signé : MD. ADELON La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON