Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401430
vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2401430 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 février 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a procédé au classement sans suite de sa demande de naturalisation.
Elle soutient qu'elle n'a pas reçu notification de sa convocation à un entretien d'assimilation le 7 septembre 2023, notamment en l'absence de mail l'informant de sa mise à disposition sur le téléservice afférant de sorte qu'elle n'a pu se rendre à cet entretien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 4 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 novembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;
- l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application du décret n° 93-1362 du
30 décembre 1993, relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française, et notamment son article 3 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Lina Bousnane, rapporteure, a présenté son rapport au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 septembre 2024 à 10 heures 30.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a déposé une demande de naturalisation auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. Par une décision du 14 septembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a procédé au classement sans suite de sa demande. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article 41 du décret n ° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le demandeur se présente en personne devant un agent désigné nominativement par l'autorité administrative chargée de recevoir la demande et justifie de son identité par la production de l'original de son document officiel d'identité mentionné au 1° bis de l'article 37-1. Il produit également lors de cet entretien les originaux des pièces nécessaires à l'examen de sa demande. En l'absence de comparution personnelle à l'entretien sans motif légitime, l'autorité compétente peut classer sans suite sa demande sans qu'il soit besoin de fixer une nouvelle date d'entretien () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre une décision de classement sans suite prise en application de ces dispositions, de contrôler si cette décision ne repose pas sur une erreur de droit ou de fait, une erreur commise dans l'appréciation des conditions réglementaires ou une erreur manifeste d'appréciation.
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article 35 du décret du 30 décembre 1993 : " Lorsque la demande a été déposée au moyen de l'application informatique mentionnée au premier alinéa, les notifications adressées au demandeur se font au moyen de celui-ci dans des conditions précisées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations. Le demandeur est alerté de toute nouvelle communication par un message envoyé à l'adresse électronique qu'il a indiquée dans son compte usager. Ce message précise l'objet de la communication et, le cas échéant, le délai qu'elle impartit à l'intéressé ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 : " Tout message sur l'espace personnel de l'usager est réputé lui être notifié à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application. A défaut d'une telle consultation dans le délai de quinze jours calendaire suivant sa date de mise à disposition sur l'espace personnel, ce message ainsi que, le cas échéant, le fichier joint, sont réputés notifiés à cette dernière date, à l'issue de ce délai ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 41 et du dernier alinéa de l'article 35 décret du 30 décembre 1993, ainsi que de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application de cet alinéa, qu'il appartient à l'administration d'établir la date de la notification de la convocation à l'entretien d'assimilation et que, lorsque la demande a été déposée au moyen du téléservice mentionné au point précédent, l'administration s'acquitte de cette charge en prouvant tant la mise à disposition du courrier sur l'espace personnel du demandeur dans le téléservice, que la date de cette mise à disposition et, le cas échéant, la date de sa première consultation. A ces dernières conditions, spécifiques au téléservice, tout message sur l'espace personnel est réputé notifié à l'intéressé, soit à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application, si la consultation a eu lieu dans les quinze jours suivant la date de la mise à disposition du message, soit, à défaut d'une telle consultation dans ce délai, à la date de la mise à disposition.
5. En l'espèce, pour procéder au classement sans suite de la demande présentée par Mme B en vue d'acquérir la nationalité française, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur le motif que, en dépit d'une convocation à un entretien d'assimilation prévu le 7 septembre 2023, qui lui aurait été adressée le 3 août 2023 au moyen de l'application informatique dédiée, l'intéressée ne s'était pas présentée audit entretien. Toutefois, Mme B soutient qu'elle n'a reçu aucune notification de cette demande. S'il résulte des dispositions et principes rappelées aux points précédents que, lorsqu'une demande a été déposée au moyen du téléservice, l'administration s'acquitte de la charge qui lui incombe d'établir la date de la notification d'une convocation à un entretien d'assimilation en prouvant l'existence et la date de la mise à disposition du courrier sur l'espace personnel du demandeur dans ce téléservice, la préfète du Val-de-Marne se limite, en l'espèce, à faire valoir que la requérante ne s'est pas présentée à l'entretien d'assimilation auquel elle avait été convoquée, sans justifier de sa mise à disposition sur l'espace personnel de l'intéressée ni de sa première consultation par cette dernière, alors que cette dernière soutient n'en avoir pas reçu la notification. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'existence et de la date de la notification de cette mise en demeure. Il suit de là que Mme B est fondée à soutenir que c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation pour défaut de production de pièces exigées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a procédé au classement sans suite de la demande de naturalisation présentée par Mme B doit être annulée et qu'il appartient en conséquence à la préfète du Val-de-Marne de reprendre l'instruction de sa demande.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a procédé au classement sans suite de la demande de naturalisation présentée par Mme B est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfecture de du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
La rapporteure,
L. Bousnane
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Leroy
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière,
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