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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2401972

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401972

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401972
TypeDécision
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA & AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2024, M. A C B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 50 euros par jour de retard, en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour ci-dessus annulée, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat à la somme de 1.200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en cause a été prise sans qu'il ait été entendu, que la préfète du Val-de-Marne n'a pas tenu compte du fait qu'il avait déposé une demande d'asile, qu'il est dépourvu d'examen personnel de sa situation et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le 24 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (2ème section, 1ère chambre) en date du 23 février 2021 rejetant le recours formé le 20 février 2020 par M. C B contre la décision du 29 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (2ème section, 1ère chambre) en date du 21 mars 2022 rejetant le recours formé le 6 octobre 2021 par M. C B contre la décision du 22 juillet 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait déclaré irrecevable sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 29 mai 2024, tenue en présence de Mme Aït-Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne.

Le requérant, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant irakien né en 1975 dans la province de Dhi Qar, entré en France le 20 février 2018 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée une première fois par la Cour nationale du droit d'asile le 23 février 2021. Par un arrêté du 16 mars 2021, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Sa requête formée le 29 mars 2021 contre cette décision a été rejetée par un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun du 22 novembre 2021. Entretemps, il avait formé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été déclarée irrecevable par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans une décision du 22 juillet 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 mars 2022. Le 23 octobre 2023, il a été placé en rétention administrative par un arrêté du préfet des Yvelines en application d'une décision du même jour lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français. Cette décision a été annulée par un jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles du 31 octobre 2023, au motif d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Ce même jugement enjoignait au préfet territorialement compétent, soit en l'espèce la préfète du Val-de-Marne eu égard à la résidence déclarée de l'intéressé à Créteil,

4 avenue Corvisart, de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Ce réexamen n'a pas été effectué et, par une décision du 10 novembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a fait une nouvelle fois obligation à M. C B de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, au motif du rejet le 31 octobre 2023 par le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de sa nouvelle demande d'asile formée lors de sa retenue administrative du 23 octobre 2023, donc sans examiner le droit de l'intéressé à bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Cet arrêté a été annulé par un jugement du 22 mars 2024 du magistrat désigné par la présidente du présent tribunal, qui a également enjoint à la préfète du Val-de-Marne de remettre en mains propres à M. C B une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de dix jours à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, laquelle autorisation provisoire de séjour devra être valable et éventuellement renouvelée jusqu'à la décision expresse qui sera prise à la suite du réexamen de sa situation. Cette remise comme ce réexamen n'ont également pas été exécutés. Le 31 octobre 2023, M. C B avait déposé une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été déclarée irrecevable par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le même jour. Par un nouvel arrêté du 1er février 2024, la préfète du Val-de-Marne lui a une nouvelle fois fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours eu égard à la décision de rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une requête enregistrée le 15 février 2024, M. C B a demandé l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ".

3. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par son jugement du 31 octobre 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles, après avoir annulé l'arrêté du préfet du Yvelines du 23 octobre 2023 faisant obligation à M. C B de quitter sans délai le territoire français, avait enjoint au préfet territorialement compétent, à savoir la préfète du Val-de-Marne, de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il est constant que les termes de cette injonction n'ont pas été exécutés par la préfète du Val-de-Marne, qui a prononcé, dix jours plus tard, soit le 10 novembre 2023, une nouvelle obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à l'encontre de l'intéressé uniquement motivée par le rejet de sa nouvelle demande d'asile, alors que le jugement du 31 octobre 2023 avait indiqué expressément que M. C B, présent de façon continue en France depuis 2018, vivait maritalement avec une ressortissante marocaine en situation régulière, titulaire de plusieurs titres de séjour depuis 2012, le dernier étant actuellement en cours de renouvellement, qu'il justifiait, par la production de nombreuses attestations et de documents médicaux, d'une vie commune avec cette dernière et leurs trois enfants, nés les 25 novembre 2019 et 4 juin 2022, scolarisés sur le territoire, la première enfant du couple présentant un spectre du trouble autistique et bénéficiant d'un suivi régulier à l'hôpital intercommunal de Créteil et que les pièces du dossier témoignaient de ce que M. C B prenait part à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et que par conséquent, la décision attaquée était entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Ces circonstances ont motivé l'annulation, par un jugement du 22 mars 2024, de l'arrêté du 10 novembre 2023 par un jugement qui avait enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la situation de l'intéressé et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Ce jugement n'a pas été exécuté. Par un nouvel arrêté du 1er février 2024, exclusivement motivé par le rejet de la demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 31 octobre 2023 par M. C B, la préfète du Val-de-Marne lui avait fait une nouvelle fois obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dans ces conditions, cet arrêté, eu égard à ses motifs et à son fondement légal, soit le 4°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être considéré comme révélant l'exécution de l'injonction prononcée le 31 octobre 2023.

5. La préfète du Val-de-Marne, par la décision contestée, ne faisant donc valoir aucun examen de la situation personnelle du requérant et ne démontrant pas, par voie de conséquence, avoir exécuter l'injonction prononcée le 31 octobre 2023, M. C B est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'annulation prononcée par le présent jugement a pour conséquence nécessaire que la préfète du Val-de-Marne procède au réexamen de la situation de M. C B et lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

8. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à ce réexamen et de remettre en mains propres à M. C B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, laquelle autorisation provisoire de séjour devra être valable et éventuellement renouvelée jusqu'à la décision expresse qui sera prise à la suite de ce réexamen.

Sur les frais du litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.200 euros à verser à M. C B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 1er février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a fait obligation à M. C B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de remettre en mains propres à M. C B une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, laquelle autorisation provisoire de séjour devra être valable et éventuellement renouvelée jusqu'à la décision expresse qui sera prise à la suite du réexamen de sa situation.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1.200 euros à M. C B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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