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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2401984

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401984

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant congolais, visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a estimé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en constatant un manque de progression et de cohérence dans le parcours d'études du requérant. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 422-1, et du code du travail concernant le contrat de professionnalisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février 2024 et le 22 mai 2024, M. B... A..., représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office ;

2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour sans délai ou, à défaut, de réexaminer sa demande sous 15 jours et, en toute hypothèse, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de séjour :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d’exception, du fait de l’illégalité de la décision de refus de renouvellement d’un titre de séjour ;
- elle est entachée d’une méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 15 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 5 juin 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code du travail ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Arassus a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1.
M. A..., né le 29 août 1993, de nationalité congolaise, est entré en France le 28 septembre 2021 muni d’un visa portant la mention étudiant, valable jusqu’au 21 septembre 2022. Un titre de séjour portant la même mention lui a été délivré et a été renouvelé jusqu’au 21 septembre 2023. Le 19 septembre 2023, M. A... a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté en date du 23 janvier 2024, dont le requérant demande l’annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office.





Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

2.
En premier lieu, la décision en litige vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’accord franco-congolais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement signé le 25 octobre 2007, et les articles L. 422-1 et suivants, et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, alors que le préfet n’était pas tenu de mentionner l’ensemble des éléments caractérisant la situation de l’intéressé, l’arrêté mentionne les éléments déterminants de la situation de M. A... et notamment la date de son entrée en France le 28 septembre 2021, sous couvert d’un visa de long séjour portant la mention « étudiant », ses études effectuées depuis l’année 2021, et son inscription au titre de l’année scolaire 2023-2024 en 2ème année de Bachelor en ressources humaines en apprentissage. En outre, la décision précise que M. A... dispose d’une promesse d’embauche sous contrat de professionnalisation, et mentionne la situation familiale du requérant, célibataire et sans charge de famille. La décision en litige comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3.
En dernier lieu, d’une part, il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle est saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour portant la mention « étudiant », d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux des études est subordonné, notamment, à une progression régulière de l’étudiant et à la cohérence de son parcours.

4.
D’autre part, aux termes de l’article L. 6325-1 du code du travail : « Le contrat de professionnalisation a pour objet de permettre d'acquérir une des qualifications prévues à l'article L. 6314-1 et de favoriser l'insertion ou la réinsertion professionnelle. / Ce contrat est ouvert : / 1° Aux personnes âgées de seize à vingt-cinq ans révolus afin de compléter leur formation initiale ; / 2° Aux demandeurs d'emploi âgés de vingt-six ans et plus ; (…). ». Aux termes de l’article R. 5221-48 du même code, dans sa version applicable au litige : « Pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, le travailleur étranger doit être titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : (…) / 12° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention “ étudiant ” ou “ étudiant-programme de mobilité ”, délivrée en application des articles L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-6 et L. 433-4 du même code ainsi que le visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention “ étudiant ” ou “ étudiant-programme de mobilité ” mentionné au 13° de l'article R. 431-16 du même code, bénéficiant d'une autorisation de travail en application du 1° du II de l'article R 5221-3 du présent code, lorsque son contrat de travail, en rapport avec son cursus universitaire, a été rompu à l'initiative de son employeur ou pour force majeure ; (…). ».

5.
Pour refuser de faire droit à la demande de M. A... de renouvellement de son titre de séjour portant la mention « étudiant », le préfet de Seine-et-Marne s’est fondé sur l’absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies en France et sur l’impossibilité, pour le requérant, de souscrire un contrat de professionnalisation prévu à l’article L. 6325-1 du code du travail, en qualité d’étudiant étranger âgé de plus de 26 ans. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a décidé, pour l’année 2023/2024, de s’inscrire en Bachelor gestion RH en apprentissage, auprès de l’organisme Paris-Ecole de management. M. A... démontre avoir signé, le 23 novembre 2023, un contrat de professionnalisation entre son école de management et l’agence d’intérim Arpel Emploi, pour la période allant du 27 novembre 2023 au 26 août 2025, afin d’exercer la fonction de « chargé de gestion sociale et projet de responsabilité sociétale des entreprises ». Toutefois, le préfet de Seine-et-Marne, dès lors que l’intéressé n’avait présenté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention « étudiant » qu’en se prévalant de cette inscription à un Bachelor en apprentissage, ne pouvait que tirer les conséquences de l’impossibilité légale et réglementaire dans laquelle se trouvait M. A... de poursuivre sa formation en alternance dans le cadre d’un contrat de professionnalisation en vertu des dispositions de l’article R. 5221-48 du code du travail, en refusant de renouveler le titre de séjour sollicité. Par suite, M. A..., qui était âgé de plus de 26 ans et qui n’établit pas qu’il était régulièrement inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi, n’est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6.
En premier lieu, en l’absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7.
En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

8.
Si M. A... soutient que la décision en litige méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le requérant n’assortit toutefois pas son moyen des précisions nécessaires permettant d’en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, M. A... est célibataire, sans charge de famille et n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 28 ans. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté en date du 23 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais de l’instance.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de Seine-et-Marne.


Délibéré après l'audience du 19 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,
Mme Tiennot, première conseillère,
Mme Arassus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.


La rapporteure,




A-L. ARASSUS
Le président,




D. LALANDE






La greffière,




C. KIFFER


La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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