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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402619

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402619

mercredi 14 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE CLERCK

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B..., ressortissant russe. La décision est annulée pour défaut de motivation, l’administration n’ayant pas répondu à la demande de communication des motifs de l’intéressé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B... dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente. Les autres moyens, tirés notamment de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, ne sont pas examinés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2024, M. A... B..., représenté par Me de Clerck, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est illégale en l’absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du même code et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.


Par ordonnance du 14 novembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 1er décembre 2025.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Le Broussois a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant russe né en 1987, a sollicité le 12 avril 2022 son admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture du Val-de-Marne. En application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l’autorité administrative sur cette demande a fait naître, à l’issue d’un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet, dont M. B... demande l’annulation.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier recommandé en date du 24 octobre 2023, reçu le 25 octobre 2023, soit dans le délai de recours contentieux, M. B... a sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour. En l’absence de réponse du préfet du Val-de-Marne à cette demande de communication de motifs, M. B... est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

L’exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Val-de-Marne procède au réexamen de la demande de M. B.... Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement et de délivrer à l’intéressé, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.




D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans le délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement et de délivrer à l’intéressé, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.











Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me de Clerck et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 17 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2026.

Le président rapporteur,

Signé: N. Le Broussois
L’assesseur le plus ancien,

Signé: P. Meyrignac


La greffière,




Signé: L. Darnal


La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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