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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402795

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402795

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantNIANG

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision du 8 janvier 2024 par laquelle le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a refusé le regroupement familial demandé par M. A... pour son épouse et son enfant. La décision est annulée pour incompétence de son auteur, le sous-préfet ayant signé en son nom propre sans délégation régulière du préfet du Val-de-Marne, en méconnaissance de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai de trois mois et condamne l'État à verser 1 200 euros au requérant au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2024, M. D... A..., représenté par Me Niang, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 8 janvier 2024 par laquelle le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son enfant ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa demande dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d’erreur d’appréciation, dès lors que l’acte de naissance de son enfant a été rectifié.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne le 15 mars 2024, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par courrier du 13 novembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d’office l’incompétence de l’auteur de la décision attaquée, dès lors que le sous-préfet de Nogent-sur-Marne ne pouvait l’édicter en son nom propre.

Une réponse au moyen d’ordre public a été enregistrée le 19 novembre 2025 pour le requérant et a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Massengo,
- et les observations de Me Niang, représentant le requérant.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant burkinabé né en 1981, a déposé une demande de regroupement familial le 5 septembre 2023 au profit de son épouse et de son enfant né en 2019. Par une décision du 8 janvier 2024, le sous-préfet de Nogent-sur-Seine a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article R. 311-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l’étranger a sa résidence ». Le préfet du département, compétent pour la délivrance des titres de séjour, l’est également pour le rejet de telles demandes lorsque l’étranger ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions du code subordonnent la délivrance d’un tel titre. Si le sous-préfet d’arrondissement peut délivrer ou refuser un titre de séjour à l’étranger par délégation de signature du préfet de département, il ne peut le faire en son nom propre.

Au cas particulier, la décision attaquée a été signée par M. B... C..., sous-préfet de Nogent-sur-Marne en son nom propre et aucune mention ne permet de la regarder comme ayant été signée pour la préfète du Val de-Marne et par délégation. Par suite, la décision attaquée est entachée d’incompétence de son auteur.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, que la décision attaquée est entachée d’illégalité et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Val-de-Marne, ou tout autre préfet territorialement compétent, réexamine la demande de M. A.... Il y a lieu, dès lors, d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d’y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du sous-préfet de Nogent-sur-Marne du 8 janvier 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de regroupement familial présenté par M. A..., dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat (préfet du Val-de-Marne) versera une somme de 1 200 euros à M. A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.

La rapporteure,



C. MASSENGO
La présidente,



I. BILLANDONLa greffière,



V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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