Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403007
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. A B, représenté par
Me Peralta-Lequerre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circulation pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- a été prise en méconnaissance du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
La décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 15 octobre 2024
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binet ;
- les observations de Me Maurelet, substituant Me Peralta-Lequerre, représentant M. B, qui soutient que le comportement de M. B ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et que la préfète du Val-de-Marne n'a pas pris en considération sa situation personnelle et familiale ;
- les observations de M. B ;
- et les observations de Me Rahmouni du cabinet Actis Avocats, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé et qui soutient que les décisions sont parfaitement motivées en ce que notamment la menace à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société est constituée et qu'en outre la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La clôture d'instruction a été prononcé à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 11 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne a obligé M. A B, ressortissant roumain, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une période de deux ans. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : /1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; /2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Et aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : /1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; /2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que pour motiver la décision prise à l'encontre de M. B, la préfète du Val-de-Marne a retenu que celui-ci avait été interpelé le 10 mars 2024 pour des faits de conduite sans permis. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne, n'établit pas que cette infraction, au demeurant unique, ait fait l'objet d'une quelconque condamnation pénale, et M. B démontre au cours de la présente instance avoir reçu de la part du président de la République et de la ministre de la culture le témoignage de leur reconnaissance pour avoir participé au chantier de rénovation du Grand Palais. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation en considérant que son comportement personnel, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental pour la société.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision en date du 11 mars 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a prononcé contre lui une interdiction de circulation pour une durée de deux ans et l'a informé qu'il ferait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre sans délai toute mesure propre à supprimer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé de la préfète du Val-de-Marne du 11 mars 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de prendre sans délai toute mesure propre à supprimer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Le magistrat désigné,
D. BINET
La greffière,
C. MAHIEU La République mande et ordonne la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. MAHIEU
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