Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403034
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403034 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Sultan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que les décisions :
- sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- sont entachées d'une erreur de droit en ce qu'il détient un permis de conduire ukrainien et a le droit de circuler avec depuis le début de la guerre en Ukraine ;
- méconnaissent les dispositions des articles L. 313-10, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le règlement (UE) 2022/1280 du Parlement européen et du Conseil du 18 juillet 2022 établissant des mesures spécifiques et temporaires relatives aux documents délivrés par l'Ukraine ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Binet a été entendu au cours de l'audience publique.
Aux termes de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. "
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ukrainien, déclarant résider en France depuis 2011 a été interpellé le 28 décembre 2023 lors d'un contrôle routier et a été placé le jour même en garde à vue pour des faits de conduite sans permis. Par arrêté du 28 décembre 2023, le préfet de police a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du
28 décembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 28 décembre 2023 vise, notamment, les dispositions du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle, au cas particulier, que M. B ne justifie pas être entré régulièrement en France et s'est maintenu sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, la décision d'éloignement contestée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au surplus, cet arrêté précise également que le requérant déclare être marié et dispose d'une situation personnelle et familiale en France à laquelle la mesure d'éloignement contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée, ni davantage qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. B doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, il ressort clairement des termes de l'arrêté attaqué que, pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur les deux motifs, rappelés au point précédent, et pas uniquement sur la circonstance que le comportement de l'intéressé représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la circonstance que ce dernier n'aurait pas commis d'infraction est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement contestée. Au demeurant, et contrairement à ce qu'affirme
M. B, la reconnaissance des permis de conduire délivrés par l'Ukraine ne s'applique pas à tous les ressortissants ukrainiens présents dans un pays de l'Union européenne, mais uniquement à ceux qui bénéficient de la protection temporaire en application de l'article 3 du règlement (UE) 2022/1280 du Parlement européen et du Conseil du 18 juillet 2022 établissant des mesures spécifiques et temporaires relatives aux documents du conducteur délivrés par l'Ukraine conformément à sa législation, compte tenu de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. En effet, en soutenant être établi en France depuis 2011, M. B n'est pas concerné par le règlement 2022/1280. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. En troisième lieux, en soutenant que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 313-10, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogés depuis le 1er mai 2021, M. B doit être regardé comme soutenant que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Toutefois, le requérant, qui n'indique pas le titre dont il estime pouvoir bénéficier, n'assortit pas, son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B soutient que la décision contestée méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations exposées au point précédent. Il indique qu'il est en France depuis 2011 et qu'il y réside depuis en compagnie de son épouse, qui dispose d'une carte de séjour pluriannuelle et d'un emploi. Toutefois, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de séparer les membres du couple qui pourront se retrouver dans leur pays d'origine et où M. B a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. De plus, si l'intéressé évoque son intégration exemplaire à la société française, il ne produit aucun justificatif en attestant au-delà des avis d'imposition du couple et il ressort du procès-verbal d'interpellation qu'il ne maitrise toujours pas la langue française. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Si M. B fait valoir l'état de guerre en Ukraine et la situation de grand danger dans laquelle il se retrouverait en cas de retour dans son pays, l'exposant à des risques mettant en péril sa vie, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément probant de nature à établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, M. B ne démontre pas avoir formulé une demande d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions citées au point 3 doit, dès lors, être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Le magistrat désigné,
D. BINET
La greffière,
C. MAHIEU La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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