Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403619

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A. Ce dernier demandait qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité d'obtenir rapidement ce rendez-vous, et qu'il ne démontrait pas avoir respecté les modalités de demande fixées par la préfecture. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la jurisprudence relative à l'obligation pour l'administration de recevoir un étranger dans un délai raisonnable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. B A, représenté par Me Sarhane, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour, dès la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

- il est entré en France régulièrement en septembre 2016 muni d'un visa D de long séjour et y a résidé régulièrement en qualité d'étudiant ; en 2019, il a rencontré sa compagne, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 29 janvier 2021 ; un enfant est né de cette union le 25 octobre 2020 ; après l'obtention de sa licence en juin 2021, il a sollicité un changement de statut pour obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; cette demande a été rejetée par une décision de mars 2022 ; il tente vainement depuis lors à introduire une nouvelle demande de titre de séjour dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale ; en dépit de ses différentes tentatives, il n'a toujours pas obtenu un rendez-vous en préfecture pour déposer cette nouvelle demande ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il tente d'obtenir un rendez-vous en préfecture depuis mars 2022, sans obtenir de réponse en dépit de ses relances ; il est ainsi maintenu dans une situation de précarité et est exposé à un risque d'éloignement ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'il ne dispose d'aucun moyen alternatif pour présenter sa demande de titre de séjour ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, M. A fait valoir qu'après qu'une première demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, dont il résulte des pièces jointes à la requête qu'elle a été rejetée par la préfète du Val-de-Marne par une décision du 2 mars 2022, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers, il tente depuis le 6 septembre 2022 d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour présenter demande d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, il résulte des pièces justificatives produites que la demande de rendez-vous du 6 septembre 2022 a été présentée par voie postale et M. A ne démontre pas, par les documents dont il se prévaut, que cette demande de rendez-vous ou les relances qu'il a ultérieurement effectuées, auraient respecté les prescriptions posées par la préfète du Val-de-Marne pour présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour. En tout état de cause, n'apporte aucune précision circonstanciée sur l'incidence immédiate du dysfonctionnement qu'il dénonce sur sa situation concrète ou celle de sa famille. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence et il y a en conséquence lieu de rejeter pour ce motif les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'il présente, sans qu'il soit besoin de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que M. A présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 4 décembre 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,