Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403643
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403643 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2024 et un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Kabamba, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous, dans un délai de huit jours, afin de déposer sa demande de titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 à son conseil, ou d'une somme de 1 500 à elle-même si elle n'était pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 19914 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
- elle est entrée en France au cours de l'année 2009 et y réside depuis lors en y ayant fixé l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux en présence de ses trois enfants, tous nés en France et scolarisés, dont elle s'occupe seule depuis le 15 avril 2022 ; le 8 novembre 2023, elle a souhaité déposer une première demande de titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle via le formulaire de contact mis en ligne par la préfecture du Val-de-Marne ; elle n'a obtenu aucune réponse en dépit de ses relances ;
- la condition d'urgence est remplie eu égard à la durée de son séjour en France, à la scolarité de ses enfants qui risquent de subir à chaque instance les conséquences d'une éventuelle décision d'éloignement, du délai anormalement long écoulé depuis qu'elle a entamé ses démarches pour obtenir un rendez-vous ;
- la mesure sollicitée est utile compte tenu des dysfonctionnements auxquels elle se heurte ;
- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, il ressort de ses déclarations que Mme A réside irrégulièrement en France, en étant exposée à un risque d'éloignement, depuis 2019 et n'a entamé des démarches pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin d'y déposer une première demande de titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour que le 8 novembre 2023. Si Mme A fait valoir que, depuis cette dernière date, elle a effectué plusieurs relances sans obtenir de réponse, cette seule circonstance ne suffit pas à elle seule, au regard de ses conditions de séjour en France depuis 2009, et alors que l'intéressée n'apporte aucune précision circonstanciée sur l'incidence immédiate du dysfonctionnement qu'elle dénonce sur sa situation concrète ou celle de ses enfants, à démontrer la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous. Au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme A ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence et il y a en conséquence lieu de rejeter pour ce motif les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'elle présente, sans qu'il soit besoin de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que Mme A présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 4 décembre 2024.
La juge des référés,
Signé : C. Ledamoisel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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