Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403644

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun rejette la requête en référé de Madame A, ressortissante haïtienne, qui demandait, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, qu’il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge constate que le silence gardé par l’administration pendant quatre mois sur sa demande d’admission exceptionnelle au séjour a fait naître une décision implicite de rejet, conformément aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, la mesure sollicitée n’est plus utile et ferait obstacle à l’exécution de cette décision administrative. La requête est rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, Madame B A, représentée par Me Chemin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Seine et Marne de lui délivrer un rendez-vous dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles.

Elle soutient que, de nationalité haïtienne, elle est entrée en France en 2017 alors qu'elle était mineure pour rejoindre ses parents, qu'à sa majorité elle a tenté sans succès de déposer une demande de titre de séjour, qu'il lui a été répondu que son dossier était en cours d'examen ; qu'elle n'a eu aucun rendez-vous ni aucun récépissé, que la condition d'urgence est satisfaite car elle est maintenue en situation d'irrégularité administrative alors qu'elle doit poursuivre ses études, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.

Par un mémoire en réplique enregistré le 1er octobre 2024, Madame B A, représentée par Me Chemin, conclut aux mêmes fins.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, ressortissante haïtienne née le 11 janvier 2001 à Gressier, entrée en France selon ses dires en 2017, pour y rejoindre ses parents, en situation régulière, a bénéficié lorsqu'elle était mineure d'un document de circulation délivré par le préfet de Seine-et-Marne. Elle indique avoir déposé, le 27 septembre 2021, une demande d'admission exceptionnelle au séjour en préfecture de Seine-et-Marne, restée sans réponse, malgré plusieurs demandes d'information. Par sa requête enregistrée le 26 mars 2024, elle a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de Seine et Marne de lui délivrer un rendez-vous.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. En l'espèce, l'absence de toute réponse du préfet de Seine-et-Marne à la demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée par voie postale le 4 octobre 2021 en préfecture par Madame A dans le délai de quatre mois ne peut que révéler la naissance d'une décision implicite de rejet à la date du 5 février 2022, nonobstant toutes autres informations pouvant être communiquées à l'intéressée en réponse à ses demandes présentées sur les " formulaires de contact pour les ressortissants étrangers " par les services de la préfecture de Seine-et-Marne, lesquelles ne sauraient créer aucun droit aux demandeurs, n'étant prévues par aucun texte.

5. Eu égard à l'intervention de cette décision implicite de rejet, la demande formée par Madame A sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne revêt plus aucun caractère d'utilité et est, au surplus, de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision administrative.

6. Dans ces conditions, la requête de Madame A ne pourra qu'être rejetée, l'intéressée demeurant fondée, si elle l'estime utile, de contester la légalité de cette décision implicite par un recours en excès de pouvoir devant le présent tribunal, assorti le cas échéant d'une demande en référé-suspension.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,