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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403782

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403782

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS JOVY GUINCESTRE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. D... A..., un ressortissant algérien, qui contestait le refus de délivrance d'un certificat de résidence et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le requérant ne justifiait pas d'une résidence de plus de dix ans en France, condition requise par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit exclusivement sa situation. Les moyens tirés de l'incompétence de l'autorité signataire, de l'article L. 435-1 du CESEDA et de l'article 8 de la CEDH ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. D... A..., représenté par Me Jovy, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 15 novembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente.

La décision portant refus de titre de séjour :
- méconnaît les stipulations du 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision n° 2024/000062 du 21 février 2024, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère,
- et les observations de M. A....


Considérant ce qui suit :

M. D... A..., ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du b) de l’article 7 de l’accord franco-algérien
du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 15 novembre 2023, dont M. A... demande l’annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné.

En premier lieu, par un arrêté n° 2023/02910 du 4 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 7 août 2023, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. B... C..., sous-préfet de Nogent-sur-Marne, aux fins de signer l’ensemble des décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes du 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien : « (…) / Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; / (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... ne justifie pas résider sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations précitées au point précédent.

En troisième lieu, M. A... ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que cet article ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

Si M. A... justifie de la présence sur le territoire français de sa mère en situation régulière et de l’un de ses demi-frères de nationalité française, il n’établit pas la réalité et l’intensité des liens qu’il entretient avec ces membres de sa famille. En outre, il ne produit aucun élément de nature à justifier de l’insertion professionnelle dont il se prévaut et n’établit pas qu’il serait dépourvu de toute attache dans son pays d’origine. Dans ces conditions, l’arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et ne méconnaît pas les stipulations précitées. Pour les mêmes raisons, il n’apparaît pas que la préfète ait commis une erreur manifeste d’appréciation en s’abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l’endroit du requérant, ni dans l’appréciation des conséquences que comporte l’obligation de quitter le territoire français en litige sur la situation personnelle et familiale du requérant.

En cinquième lieu, si M. A... soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors que sa situation est exclusivement régie par les stipulations de l’accord franco-algérien susvisé. Au demeurent, il n’établit pas remplir les conditions prévues par les stipulations du 7) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles qui tendent à l’application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., au préfet du
Val-de-Marne et à Me Jovy.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Rémy Combes, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.

La rapporteure,
H. Mathon
Le président,
R. Combes


La greffière,



N. Louisin

La République mande et ordonne au préfet Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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