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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2403855

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403855

vendredi 26 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGAFSIA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision implicite de rejet de la préfète du Val-de-Marne refusant le renouvellement du titre de séjour « conjoint de français » de Mme B..., ressortissante camerounaise. Le tribunal estime que l’administration a méconnu l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que la requérante justifiait de la communauté de vie avec son conjoint français et du respect des conditions légales. Les conclusions à fin d’injonction sont rejetées, Mme B... ayant obtenu une carte de résident en cours d’instance. L’État est condamné à verser 1 200 euros à la requérante au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, Mme A... B..., représentée par Me Gafsia, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention « conjoint de français » qu’elle a déposée le 14 septembre 2023 ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « conjoint de français » ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, le tout dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision contestée :
- est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- fait une inexacte application de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l’article 3 paragraphe 1de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l’enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


Mme A... B..., ressortissante camerounaise, est entrée en France le 13 mars 2022 sous couvert d’un visa de long séjour en sa qualité de conjointe de français, et a sollicité le 14 septembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour en cette qualité. Par la requête visée ci-dessus, elle demande au tribunal d’annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur cette demande.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


Aux termes de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ». Aux termes de l’article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ».


Il ressort des pièces du dossier que Mme B... est mariée à un ressortissant français depuis le 7 juin 2018, que l’acte de mariage a été transcrit sur les registres de l’état civil français le 14 novembre 2018 et que la communauté de vie n’a jamais cessée depuis le mariage. Par suite, Mme B..., qui remplit les conditions pour bénéficier du renouvellement du titre séjour portant la mention « vie privée et familiale » prévu à l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a méconnu ces dispositions en refusant de lui délivrer la carte de séjour sollicitée.


Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention « conjoint de français » qu’elle a déposée le 14 septembre 2023.


Sur les conclusions à fin d’injonction :


Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement au dépôt de la requête, Mme B... s’est vu délivrer une carte de résident. Dans ces conditions, le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution.


Sur les frais liés au litige :


Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens.



D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur la demande tendant au renouvellement de son titre de séjour déposée le 14 septembre 2023 par Mme B... est annulée.


Article 2 : L’Etat versera à Mme B... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.




Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rémy Combes, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
M. Tom Collen-Renaux, conseiller,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2025.





La rapporteure,





M. Robin





Le président,





R. CombesLa greffière,





L. Potin

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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