jeudi 9 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2404246 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 12ème chambre, éloignement |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, M. B A, représenté par Me Michaud, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé son admission au séjour, a retiré son autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas motivé en droit ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 6 décembre 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;
- et les observations du préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Kao ;
- M. A n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée dans les conditions prévues par l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 31 juillet 1990 à Pita (Guinée), est entré en France le 10 décembre 2021 pour y demander l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 avril 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 novembre 2022. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 12 février 2024. Il a contesté cette décision devant la CNDA par un recours enregistré le 8 mars 2024. Par un arrêté du 19 mars 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu accorder l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 juin 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ". Aux termes de l'article L. 721-3 de ce code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".
5. D'une part, l'arrêté contesté vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-1, L. 612-1 et L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Certes, comme le soutient M. A, la préfète du Val-de-Marne s'est notamment fondée, pour refuser son admission au séjour et prendre à son encontre une mesure d'éloignement, sur le constat que le rejet par l'OFPRA de sa demande tendant au réexamen de sa demande d'asile faisait obstacle à la délivrance de la carte de résident prévue par l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque l'étranger s'est vu reconnaître la qualité de réfugié, à la délivrance de la carte de séjour prévue par l'article L. 313-13 du même code lorsque l'étranger s'est vu octroyer le bénéfice de la protection subsidiaire et au maintien de l'attestation de demandeur d'asile dont la délivrance est prévue par l'article R. 742-2 de ce code à l'étranger qui s'est présenté en préfecture pour l'enregistrement de sa demande d'asile et a à cette occasion produit les pièces requises. Et il est constant que ces dispositions ont été abrogées respectivement par l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par l'article 1er de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie et par le décret du 16 décembre 2020 portant partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La référence à ces dispositions, abrogées depuis près de quatre ans et désormais respectivement remplacées par des dispositions équivalentes codifiées aux articles L. 424-1, L. 424-9 et R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est ainsi erronée. Toutefois, ces dispositions abrogées ne constituent pas le fondement de l'arrêté contesté, ce dernier étant fondé sur le 4° de l'article L. 611-1 du même code, lequel est bien visé par l'arrêté en litige. Dans ces conditions, l'arrêté contesté doit être regardé comme suffisamment motivé en droit. D'autre part, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation du requérant, précise également que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée et qu'il ne contrevient pas aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte qu'il est suffisamment motivé en fait. Enfin, lorsqu'elle accorde le délai de trente jours prévu par les dispositions précitées, l'autorité administrative n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point si l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant au bénéfice d'un délai d'une durée supérieure. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré récemment en France le 10 décembre 2021, est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut de relations privées nouées au sein de groupes de paroles et d'associations LGBT qu'il a rejoints en raison de son orientation sexuelle, ni l'attestation établie par l'association nîmoise qu'il a fréquentée durant l'année 2022, compte tenu des termes dans lesquels elle est rédigée, ni celle établie par l'association francilienne ayant pour but la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles à l'immigration et au séjour, à laquelle il adhère depuis mars 2024 et aux activités de laquelle il participe régulièrement, ne suffisent à établir l'existence de relations privées d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité sur le territoire français. Le requérant se prévaut également de son état de santé, produisant deux certificats médicaux qui attestent d'un suivi psychologique entre juin et octobre 2022 en raison du stress post-traumatique causé par les violences qu'il dit avoir subies dans son pays d'origine eu égard à son orientation sexuelle ainsi qu'un certificat médical constatant plusieurs cicatrices. Toutefois, d'une part, le certificat médical produit se borne à constater l'existence de cicatrices sans apporter de précision sur leur lien de causalité avec les violences alléguées. D'autre part, si M. A, ni présent ni représenté à l'audience, se prévaut de la pénalisation de l'homosexualité en Guinée et soutient, dans des termes généraux et peu circonstanciés, avoir fait l'objet de violences de la part de sa famille et des services de police en raison de la relation homosexuelle qu'il a entretenue dans son pays d'origine, ces seuls éléments ne suffisent ni à tenir pour établies son orientation sexuelle et les violences alléguées ni, par conséquent, qu'il ne pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine du suivi médical rendu nécessaire par son état de santé. En outre, M. A ne justifie pas d'une particulière insertion sociale ou professionnelle. Enfin, il n'établit ni être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans, ni, eu égard aux termes généraux et peu circonstanciés dans lesquels il décrit ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle, être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, M. A n'établit pas l'existence d'un risque réel et personnel d'être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, étant par ailleurs relevé que l'OFPRA puis la CNDA ont rejeté sa demande d'asile et que l'OFPRA a rejeté sa demande tendant au réexamen de sa demande d'asile pour irrecevabilité, l'acronyme " ADC " qui figure sur le relevé d'information extrait de l'application TelemOfpra signifiant une absence de risque au sens du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Michaud et au préfet du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 09 janvier 2025.
Le magistrat,
Signé : T. BOURGAULa greffière,
Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. ADELON
No 2404246
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026