Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 22 avril 2024, Mme A... F..., représentée par Me Chartier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 décembre 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des stipulations de l’article 2 de l’accord franco-congolais, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être éloignée ;
2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « recherche d’emploi ou création d’entreprise » ou « vie privée et familiale », dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d’un défaut d’examen complet de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une décision n° 2024/000168 du 21 février 2024, Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-congolais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme A... F..., ressortissante congolaise a sollicité la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des stipulations de l’article 2 de l’accord franco-congolais. Par un arrêté du 12 décembre 2023, dont Mme D... demande l’annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être éloignée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/123 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. C... B..., sous-préfet de Fontainebleau, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise les stipulations de l’accord franco-congolais signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 et fait état de ce que Mme D... ne justifie pas d’un diplôme reconnu au plan national, ni labellisé par la conférence des grandes écoles. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour, laquelle est ainsi suffisamment motivée au sens des dispositions de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne se soit abstenu de procéder à un examen complet de la situation de Mme D... avant de prendre la décision en litige.
En troisième lieu, Mme D... ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que sa demande n’est pas formulée sur le fondement de ces dispositions.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Mme D... se prévaut de sa résidence régulière sur le territoire français depuis quatre ans, où réside également régulièrement sa mère, titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « salarié », ainsi que des études qu’elle a réalisées sur le territoire français et de son insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D... ne justifie pas de la réalité et de l’intensité des liens qu’elle entretiendrait avec sa mère et qu’elle n’exerce son activité professionnelle qu’à temps partiel. En outre, il ressort des pièces du dossier que l’intéressée est célibataire sans charge de famille et qu’elle n’allègue pas être dépourvue de toute attache dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, eu égard à l’insuffisante intensité des attaches et de l’intégration en France par Mme D..., l’arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cet arrêté ne méconnaît pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
En cinquième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont déjà été exposées au point précédent, il n’apparaît pas que le préfet de Seine-et-Marne ait commis une erreur manifeste en s’abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l’endroit de la requérante ou dans l’appréciation des conséquences que comporte cette mesure d’éloignement sur la situation personnelle de la requérante.
En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D... n’est pas fondée à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant refus de séjour.
En septième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D... n’est pas fondée à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de Mme D... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles qui tendent à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... F..., au préfet de Seine-et-Marne et à Me Sara Chartier.
Copie en sera transmise au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Rémy Combes, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.
La rapporteure,
H. Mathon
Le président,
R. CombesLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,