Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404505

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404505
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en exécution d’un jugement du 22 novembre 2022, a été saisi par Mme A d’une demande d’injonction et d’astreinte contre le rectorat de l’académie de Créteil, en raison du non-paiement des intérêts majorés et de leur capitalisation sur les sommes allouées. Le tribunal a constaté que les sommes principales ont été versées le 17 avril 2024, mais que les intérêts au taux majoré prévus par l’article L. 313-3 du code monétaire et financier, dus à compter du 23 janvier 2023, n’ont pas été réglés. En application de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, il enjoint au rectorat de verser ces intérêts dans un délai de deux mois, sous astreinte de 20 euros par jour de retard, et met à la charge de l’État la somme de 250 euros au titre de l’article L. 761-1 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par trois mémoires enregistrés les 12 et 30 septembre 2024 et le 6 novembre 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au rectorat de l'académie de Créteil d'exécuter le jugement avant-dire droit nos 2004919 et 2004963 du 22 novembre 2022 dans un délai de quinze jours, assorti d'une astreinte de 20 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le rectorat de l'académie de Créteil n'a pas exécuté intégralement le jugement dès lors que :

- il ne lui a pas été versé la somme de 10 631, 96 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, au titre des cotisations assurance vieillesse ;

- il ne lui a été versé ni les intérêts portant sur les sommes allouées par le jugement, ni leur capitalisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2024, l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le jugement avant-dire droit nos 2004919 et 2004963 du 22 novembre 2022 a été totalement exécuté.

La phase juridictionnelle d'exécution a été ouverte par une ordonnance du 11 avril 2024.

Vu :

- le jugement avant-dire droit nos 2004919 et 2004963 du 22 novembre 2022 ;

- le jugement nos 2004919 et 2004963 du 2 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Dewailly, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Par jugement avant dire droit du 22 novembre 2022 le tribunal administratif a, d'une part, annulé la décision du recteur de l'académie de Créteil procédant au licenciement de Mme A, ensemble la décision du 10 mai 2020 rejetant son recours gracieux contre cette décision, condamné l'Etat à verser une somme de 8 000 euros à Mme A en réparation du préjudice subi à raison du non-respect de la procédure de licenciement, du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, condamné l'Etat à verser à Mme A une somme correspondant au traitement auquel elle aurait pu prétendre sur la période du 1er septembre 2005 au 31 juillet 2015, majorée des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, condamné l'Etat à verser à Mme A une somme correspondant à la différence entre les allocations perçues au titre du chômage et le traitement qu'elle aurait pu percevoir pour la période de 2012 à 2018 si elle avait été recrutée en contrat à durée indéterminée dans les conditions énoncées au point 23 du jugement, majorée des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, condamné L'Etat à verser à Mme A une indemnité correspondant à la reconstitution de ses droits à pension de retraite, majorée des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, à moins qu'il ne soit justifié du paiement direct de ces cotisations aux organismes sociaux concernés, enjoint au recteur de l'académie de Créteil de réintégrer Mme A et de rétablir ses droits à pension et ses droits sociaux à compter du 1er juillet 2019, dans un délai de deux mois et, d'autre part, ordonner, avant de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'indemnisation correspondante à la perte de rémunération de Mme A au titre de la période du 1er juillet 2019 jusqu'à la date du jugement, à Mme. A de produire dans le cadre de l'instance les éléments relatifs aux revenus qu'elle a perçus sur cette période et au recteur de l'académie de Créteil d'indiquer le montant des rémunérations qu'il aurait versées durant cette même période à Mme A, incluant l'indemnité de résidence et le supplément familial de traitement, rejeté le surplus des conclusions des requêtes qui ne font pas l'objet de la mesure avant-dire droit et condamné l'Etat à verser à Mme A la somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la demande relative aux intérêts :

2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

3. Aux termes de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire () ".

4. Il résulte de l'instruction que les sommes mises à la charge de l'Etat au titre de la différence entre les allocations perçues au titre du chômage et le traitement que Mme A aurait pu percevoir pour la période de 2012 à 2018 si elle avait été recrutée en contrat à durée indéterminée et de la reconstitution de sa carrière ont été versées le 17 avril 2024 à Mme A, soit au-delà du délai fixé par le tribunal pour exécuter le jugement dont il n'a pas été fait appel. Ces sommes étaient productives d'intérêts au taux majoré prévus par l'article L. 313-3 du code monétaire et financier à compter du 23 janvier 2023. Il ne résulte pas de l'instruction que ces intérêts ont été réglés, y compris d'office, par le comptable à l'occasion du paiement de la créance. Par suite, Mme A est fondée à demander que les sommes allouées par le jugement du 22 novembre 2022 soient assorties des intérêts résultant de l'application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier.

5. Il résulte également de l'instruction que les sommes mises à la charge de l'Etat au titre de la reconstitution des droits à pension de retraite de la requérante ne lui ont pas été versées. Par suite, la requérante est fondée à demander que ces sommes, assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, lui soient effectivement versées.

6. Il y a donc lieu d'enjoindre à l'Etat de verser à Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, les sommes dues au titre de la reconstitution des droits à pension de retraite de Mme A ainsi que les intérêts sur l'ensemble des sommes allouées par le jugement du 22 novembre 2022 au taux légal du 22 novembre 2022 au 22 janvier 2023, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, puis au taux majoré du 23 janvier 2023 jusqu'à la date à laquelle il a été procédé à la liquidation de cette somme.

Sur les frais d'instance :

7. Il est mis à la charge de l'Etat (Rectorat de l'académie de Créteil) la somme de 250 euros que réclame Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il est enjoint au recteur de l'académie de Créteil de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de

retard, au versement des intérêts dus sur l'ensemble des sommes allouées par le jugement du 22 novembre 2022 au taux légal à compter du 22 novembre 2022, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, puis au taux majoré de cinq points à compter du 22 janvier 2023 et jusqu'à la date à laquelle il a été procédé à la liquidation de cette somme.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Créteil de procéder, dans les mêmes conditions d'astreinte et de délais, au versement de la somme de 10 631,96 euros correspondant à la reconstitution des droits à pension de retraite de Mme A, assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020, capitalisés annuellement à compter du 13 janvier 2021, puis au taux majoré de cinq points à compter du 22 janvier 2023 et jusqu'à la date à laquelle il a été procédé à la liquidation de cette somme.

Article 3 : Le rectorat de l'académie de Créteil est condamné à verser à Mme A une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au recteur de l'académie de Créteil.

Une copie du jugement sera transmise au comptable du rectorat de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Iffli, conseillère,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

S. DEWAILLY L'assesseure la plus ancienne,

C. IFFLI La greffière,

Y. SADLI La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2404505