Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404938

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Madame B A, ressortissante guinéenne épouse d'un réfugié, afin d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer une demande de titre de séjour. La préfète du Val-de-Marne ayant convoqué l'intéressée le 14 mai 2024 pour le dépôt de son dossier, le juge a constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur la requête, faute d'urgence persistante. La demande de frais irrépétibles a été rejetée. Les textes appliqués sont les articles L. 521-3 et L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, Madame B A, représentée par Me Molotoala, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de lui octroyer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour assorti de la remise d'un récépissé l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de 15 jours suivant le prononcé de l'ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique au profit de son conseil.

Elle soutient que, de nationalité guinéenne, elle est entrée en France le 25 novembre 2019 munie d'une titre de séjour espagnol, qu'elle est mariée avec un compatriote qui a été reconnu réfugié, qu'elle a demandé un rendez-vous en préfecture du Val-de-Marne aux fins de déposer une demande de titre de séjour, qu'elle n'a eu aucune réponse, qu'elle a réitéré sa demande auprès de la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne le 28 mars 2022, puis une nouvelle fois le 29 juin 2022, que sa demande lui a été retournée sans explications, qu'elle a formé une nouvelle demande le 10 novembre 2022 qui lui a été renvoyée en lui indiquant qu'elle devait le faire sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, ce qui lui est impossible puisqu'elle ne dispose pas de numéro étranger ou de numéro de visa, qu'elle a alerté la préfecture de cette situation sans obtenir de réponse, que la condition d'urgence est satisfaite car elle est l'épouse d'un réfugié, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Par un bordereau enregistré le 13 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée étant convoquée le 14 mai 2024 pour déposer son dossier de demande de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

.le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, ressortissante guinéenne née le 12 mai 1998 à Pita, entrée en France le 25 novembre 2019, a épousé le 30 novembre 2020 en mairie de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) un compatriote, titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié. Elle a sollicité un rendez-vous en préfecture du Val-de-Marne le 18 octobre 2021 en vue de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement du 2°) de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'a reçu aucune réponse. Elle a réitéré sa demande en transmettant son dossier en sous-préfecture de Nogent-sur-Marne le 28 mars 2022 qui le lui a été retourné le 29 juin 2022 en lui demandant de le renvoyer à compter du 12 septembre 2022. Elle a alors saisi la sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses le 10 novembre 2022 mais sa demande lui a été une nouvelle fois retournée le 27 décembre 2012 au motif qu'elle relevait des procédures dématérialisées. La préfète du Val-de-Marne a été informée de l'impossibilité pour madame A de déposer sa demande sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France car elle ne disposait pas de " numéro étranger ". Elle n'a reçu aucune réponse. Par sa requête enregistrée le 19 avril 2024, il a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui octroyer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour assorti de la remise d'un récépissé l'autorisant à travailler. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Madame A pour le 14 mai 2024 en vue du dépôt de sa demande.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas

d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué

Madame A le 14 mai 2024 à 10 heures pour le dépôt de sa demande de carte de résident. L'intéressée ne soutenant pas, plus de six mois plus tard, que ce rendez-vous n'a pas été honoré ni qu'un récépissé de demande de titre de séjour ne lui a pas été délivré à cette occasion, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Madame A présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur les frais irrépétibles :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

5. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Molotoala, conseil de Madame A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus de statuer sur les conclusions de la requête de Madame A présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 000 euros à Me Molotoala, conseil de Madame A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A, à Me Molotoala et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera communiquée au préfet du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2404935