Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405462

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405462
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun rejette la requête en référé suspension de Mme B, ressortissante serbe, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour par le préfet de Seine-et-Marne. Le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a estimé que la demande était manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas produit de copie de sa requête en annulation, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En outre, la condition d'urgence n'était pas remplie, la décision contestée portant sur une première demande de titre et non sur un renouvellement, et Mme B n'ayant pas justifié de circonstances particulières. La requête a donc été rejetée sans instruction ni audience.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Patureau, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'une part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle dans l'attente du jugement de sa requête en annulation, et ce, dans un délai de huit jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, d'autre part, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Mme B, qui, de nationalité serbe, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 21 février 2021 au 20 février 2023, a fait l'objet, le 25 mars 2024, d'un arrêté par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour qu'elle a déposée en avril 2023 et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de renvoi. Sa requête doit être regardée comme tendant, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans cet arrêté.

3. Aux termes du second alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " À peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ".

4. Mme B n'a pas produit, dans la présente instance, une copie de sa requête en annulation de la décision en litige. Ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont, par suite, manifestement irrecevables.

5. En outre, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que la décision en litige, qui n'a pas pour objet de retirer un titre de séjour, statue non pas sur une demande de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée au point 2, que Mme B s'était vu délivrer en qualité de conjointe d'un Français, mais sur une demande de première délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 421-1,

L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne peut, par suite, bénéficier en l'espèce de la présomption mentionnée au point précédent.

7. D'autre part, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme B fait valoir que cette décision la prive du droit de séjourner et d'exercer une activité professionnelle en France et qu'étant dépourvue de toute autorisation de travail, elle ne pourra pas bénéficier de l'allocation d'assurance chômage et rencontrera ainsi de graves difficultés financières en cas de suspension ou de rupture de son contrat de travail à durée indéterminée à temps plein. Toutefois, alors qu'il n'est pas établi, ni même allègué, que l'employeur de la requérante aurait manifesté l'intention de suspendre ou de rompre ce contrat à plus ou moins brève échéance, les circonstances ainsi invoquées ne peuvent être regardées comme suffisant à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Melun, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. Zanella

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,