vendredi 13 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PATUREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai 2024 et le 11 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Patureau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière et de publication de cette délégation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que la fraude n'est pas caractérisée et que le préfet ne pouvait pas lui retirer sa carte de séjour sur ce fondement ;
- le retrait d'un titre de séjour pour fraude ne dispensait pas l'administration d'examiner sa demande de titre de séjour sur les autres fondements sollicités ; le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour et sur le fondement de sa vie privée et familiale ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une lettre du 28 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er mars 2025 sans information préalable.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'émission de l'avis d'audience le 30 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
- et les observations de Me Desouches, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité serbe, est entrée en France le 22 février 2018. A la suite de son mariage avec M. A, de nationalité française, elle s'est vue délivrer un visa long séjour " conjoint de français " renouvelé jusqu'au 20 février 2023. Le 27 avril 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Le 23 juillet 2023 elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour en qualité de salarié et le 31 juillet 2023 et le 5 mars 2024, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Par un arrêté du 25 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le cadrage du litige :
2. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux délais de présentation des demandes de titre de séjour : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".
3. En application des dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement d'un titre de séjour doit être présentée à peine d'irrecevabilité dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration du précédent titre. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour après l'expiration du délai précité, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature que le précédent.
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " qui expirait le 20 février 2023 et qu'elle justifie en avoir sollicité le renouvellement par la production d'un récépissé, le 27 avril 2023, soit postérieurement à l'expiration de son titre et, partant, postérieurement au délai fixé par les dispositions précitées pour la présentation d'une demande de renouvellement de ce titre. La requérante a par ailleurs déposé deux nouvelles demandes de titres de séjour le 31 juillet 2023 et le 5 mars 2024 au titre de la vie privée et familiale et le préfet indique qu'elle aurait sollicité le 23 juillet 2023 la délivrance d'un titre de séjour salarié. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé comme ayant refusé la demande de titre de séjour de Mme C tendant à la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et " salarié ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la pièce versée en défense par le préfet de Seine-et-Marne, que la requérante a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en indiquant " qu'elle demande un changement de statut vers salarié ". Elle joint au dossier une autorisation de travail délivrée le 15 janvier 2024 pour un contrat à durée indéterminée au sein de l'entreprise IT France conclu à compter du 25 avril 2018 en qualité d'animatrice de formation. Si le préfet de Seine-et-Marne soutient que cette autorisation a été obtenue par fraude, il ne ressort pas des pièces du dossier que tel soit le cas dès lors que la demande d'autorisation a été présentée le 5 décembre 2023, à une date à laquelle les autorités administratives avaient connaissance du divorce de la requérante. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cette autorisation soit devenue caduque. Enfin, la requérante produit l'intégralité de ses bulletins de salaire du 25 avril 2018 au 29 février 2024. Ainsi, la requérante remplissait les conditions prévues à l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que l'arrêté du 25 mars 2024 du préfet de Seine-et-Marne doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Il résulte des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de tout ce qui précède que le présent jugement, qui annule l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de Seine-et-Marne, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à la requérante un titre de séjour portant la mention " salarié ", sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de fait de l'intéressée. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 mars 2024 du préfet de Seine-et-Marne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité de salarié, sous réserve d'un changement dans la situation de l'intéressée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
M. Collen-Renaux, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2025.
La rapporteure,
J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026