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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406013

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406013

mardi 17 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSKANDER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. A... B..., un ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation du refus implicite de délivrance d'un titre de séjour. Le tribunal a jugé que le requérant n'établissait pas l'existence d'une vie privée et familiale suffisamment forte en France au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni qu'il remplissait les conditions de l'accord franco-tunisien de 1988 pour obtenir un titre de séjour "salarié". Les moyens tirés du principe du contradictoire et d'un défaut d'examen ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, M. A... B..., représenté par Me Skander, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour provisoire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-
la décision méconnaît le principe du contradictoire :
-
elle est entachée d’un défaut d’examen complet ;
-
elle méconnaît l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
-
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Par ordonnance du 31 octobre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 2 décembre 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié et complété par l’accord cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne et ses deux protocoles du 28 avril 2008 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

M. Rehman-Fawcett, a été entendu, en son rapport, au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant tunisien, né le 1er juin 1990 à Kalaa Kobra (Tunisie) est entré en 2013 sur le territoire français selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Une décision implicite de rejet est née. M. B... demande au tribunal l’annulation de cette décision.

Sur la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :

En premier lieu, le moyen tiré du de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit à être entendu ne sont assortis d’aucune précision permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé et doivent, dès lors, être écarté.

En deuxième lieu, le requérant n’apporte aucun élément de nature à établir que le préfet du Val-de-Marne se serait abstenu d’examiner sa situation personnelle avant de refuser implicitement de lui délivrer un titre de séjour pour admission exceptionnelle.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

M. B... fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu’il y réside depuis 2013 et qu’il y travaille. Toutefois, M. B..., célibataire et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où il a vécu au moins jusqu’à l’âge de 23 ans. De plus, malgré sa durée de présence alléguée sur le territoire, il ne verse à la procédure aucun élément permettant d’établir l’existence d’une insertion professionnelle inscrite dans la durée. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu’il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, la décision attaquée n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale, et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention «salarié» (…) ». Aux termes de l’article 2.3.3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne signé le 28 avril 2008 : « Le titre de séjour portant la mention « salarié », prévu par le premier alinéa de l’article 3 de l’Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l’exercice, sur l’ensemble du territoire français, de l’un des métiers énumérés sur la liste figurant à l’Annexe I du présent Protocole, sur présentation d’un contrat de travail visé par l’autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l’emploi. Cette liste peut être modifiée par échange de lettres entre les deux Parties. (…) ». D’autre part, aux termes de l’article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel ne déroge pas l’accord franco-tunisien : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ». Aux termes de l’article R.5221-1 du code du travail : « (…) II-La demande d’autorisation de travail est faite par l’employeur (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne produit pas de visa de long séjour, ni de demande d’autorisation de travail faite par son employeur, ni de contrat de travail visé par les autorités compétentes. Dès lors, il ne peut se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien précite du 17 mars 1988.

Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de l’admettre au séjour.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède, que la requête de M. B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles qui tendent à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-de-Marne.


Délibéré après l'audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,
M. Rehman-Fawcett, premier conseiller,
Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2026.


Le rapporteur,

C. Rehman-Fawcett

Le président,

S. Dewailly

La greffière,






L. Sueur


La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière


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