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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2407219

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407219

mardi 18 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLORIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, contestant le refus de délivrance d’une carte de séjour "salarié" par la préfète du Val-de-Marne. Le tribunal a substitué à la base légale erronée (article L. 423-23 du CESEDA) les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien, seules applicables, sans priver l'intéressé de garanties. Il a jugé la décision suffisamment motivée et a estimé que le motif erroné (existence d'une précédente mesure d'éloignement) n'était pas déterminant, l'administration s'étant aussi fondée sur l'absence de communauté de vie stable avec l'épouse. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juin 2024 et le 19 juillet 2024, M. B... A..., représenté par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 21 mai 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d’une erreur dans la matérialité des faits ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 7 octobre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de ce qu’il y a lieu de procéder à une substitution de base légale dès lors que la décision portant refus de séjour aurait dû être fondée sur l'article 6 de l'accord franco-algérien, et non sur les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers, inapplicables aux ressortissants algériens.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant algérien, se maintenant en France en situation irrégulière, a sollicité la délivrance d’une carte de séjour portant la mention « salarié » sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au tribunal d’annuler la décision du 21 mai 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande.

En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A..., notamment qu’il n’établit pas la stabilité et l’ancienneté de sa communauté de vie avec son épouse. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour. Dans ces conditions, cette décision est suffisamment motivée au sens des dispositions de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.

En deuxième lieu, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A..., la préfète du Val-de-Marne s’est fondée sur les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La situation des ressortissants algériens étant néanmoins régie exclusivement de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, la préfète du Val-de-Marne a méconnu le champ d’application de la loi.

Toutefois, lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l’office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d’avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

En l’espèce, le refus de titre de séjour contesté trouve son fondement légal dans les stipulations de l’article 6 de l’accord franco-algérien précité qui peuvent être substituées aux dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Cette substitution de base légale n’a pour effet de priver l’intéressé d’aucune garantie. Par ailleurs, l’administration dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer ces dispositions et ces stipulations.

En troisième lieu, M. A... soutient, sans être contredit par la préfète du Val-de-Marne qui n’a pas produit de mémoire dans la présente instance, que, contrairement à ce retient la décision attaquée, il n’a jamais fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Val-de-Marne s’est également fondée sur la circonstance que le requérant ne justifie pas de l’ancienneté et de la stabilité de la communauté de vie avec son épouse. Il résulte de l’instruction que la préfète du Val-de-Marne aurait pris la même décision sans se fonder sur ce motif erroné.

En quatrième lieu, l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

Si M. A... se prévaut de sa présence en France depuis cinq années et être titulaire d’un contrat à durée indéterminée depuis le 28 septembre 2021, il ressort des pièces du dossier que son insertion professionnelle est récente. Si l’intéressé se prévaut également du mariage qu’il a contracté avec une compatriote, titulaire d’une carte de séjour temporaire, le 7 octobre 2023, leur communauté de vie est récente et le requérant n’établit pas qu’il serait dépourvu de toute attache dans son pays d’origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en s’abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l’endroit du requérant.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et celles qui tendent à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rémy Combes, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
M. Tom Collen-Renaux, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2025.


La rapporteure,





M. Robin





Le président,





R. CombesLa greffière,





N. Louisin

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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