Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407369

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme B. Celle-ci demandait d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de transmettre sa demande de naturalisation au ministre de l'intérieur, en raison d'un délai d'instruction anormalement long. Le tribunal a estimé que, Mme B ayant déménagé à Paris, la compétence pour instruire sa demande relevait désormais du préfet de police, et non plus de la préfète du Val-de-Marne. La solution retenue est fondée sur les dispositions combinées du décret n° 93-1692 du 30 décembre 1993 et de l'arrêté du 19 mars 2015.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Delaine, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de déclarer le tribunal administratif de Melun territorialement compétent ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de transmettre sa demande de naturalisation française au ministre de l'intérieur et des outre-mer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- elle réside à Paris, mais son dossier de naturalisation est instruit par la préfecture du Val-de-Marne ; elle est titulaire d'un titre de séjour qui l'autorise à travailler et a présenté sa demande de naturalisation le 24 septembre 2022 par le dépôt d'un dossier complet ; depuis cette date elle se connecte régulièrement au site de la préfecture et constate que son dossier est toujours au même point d'instruction, en attente de sa transmission au ministère de l'intérieur ; en dépit des mails qu'elle a adressés à l'agent en charge de son dossier, elle n'a jamais obtenu de réponse ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle satisfait à toutes les conditions pour obtenir sa naturalisation, qu'elle souhaite s'inscrire au programme V.I.E lui permettant d'évoluer dans son activité professionnelle, qui est uniquement proposés aux ressortissants français de 18 à 28 ans, qu'elle est née le 17 décembre 1996 et que le délai d'instruction de sa demande est anormalement long ;

- la mesure sollicitée est utile compte tenu des dysfonctionnements qu'elle subit ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024, la préfète du Val-de-Marne indique au tribunal que la requérante s'est vu délivrer un titre de séjour par la préfecture de police de Paris et qu'elle n'est plus compétente pour traiter la demande de naturalisation de l'intéressée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 93-1692 du 30 décembre 1993 ;

- l'arrêté du 19 mars 2015 pris pour l'application du décret n° 2015-316 du 19 mars 2015 modifiant les modalités d'instruction des demandes de naturalisation et de réintégration dans la nationalité française ainsi que des déclarations de nationalité souscrites à raison du mariage.

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Il résulte des dispositions combinées des articles 43 à 46 et 35 du décret du 30 décembre 1993 susvisé et de l'article 1er de l'arrêté du 19 mars 2015 susvisé qu'il revient au préfet du département de résidence du demandeur ou, à Paris, à la préfecture de police de se prononcer sur la recevabilité et la suite à donner une suite à la demande de naturalisation avant, le cas échéant, de transmettre le dossier sa décision ou sa proposition au ministre chargé des naturalisations. Il est constant qu'après avoir déposé sa demande de naturalisation auprès de la préfecture du Val-de-Marne, département dans lequel elle résidait alors, Mme B a déménagé à Paris où elle résidait à la date d'enregistrement de sa requête et réside encore à la date de la présente ordonnance. Dans ces conditions, il appartient au préfet de police de transmettre le dossier de la demande de naturalisation au ministre de l'intérieur. Par suite les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte dirigées contre le préfet du Val-de-Marne ne peuvent qu'être rejetées.

3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que Mme B présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 13 décembre 2024.

La juge des référés,

C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,