Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407891

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par M. A, un ressortissant étranger titulaire d'un titre de séjour étudiant, afin d'obtenir la remise effective de son titre de séjour valable du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2024, dont la fabrication avait été décidée favorablement dès août 2023 mais jamais concrétisée. Le juge a considéré que la condition d'urgence était remplie, compte tenu des blocages administratifs subis par le requérant et de l'absence de justification par la préfète du Val-de-Marne du délai anormalement long de fabrication. Il a enjoint à la préfète de remettre le titre de séjour à M. A dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024 et un mémoire enregistré le 15 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Mandolkani, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous pour la remise de son titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il est régulièrement entré en France le 27 août 2021 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " d'une durée de validité de trois mois comprise entre le 17 août 2021 et le 15 novembre 2021 ; il s'est vu délivrer un premier titre de séjour portant la mention " étudiant " pour la période du 16 novembre 2021 au 15 novembre 2022 ; il en a sollicité le renouvellement le 15 novembre 2022 ; il a dû saisir le tribunal administratif de Melun pour se voir délivrer une attestation de prolongation d'instruction puis se voir accorder un titre de séjour annuel pour l'année universitaire 2022-2023 ; il a sollicité à nouveau le renouvellement de ce titre de séjour le 18 août 2023 et s'est vu notifier, le 23 août 2023, une décision favorable l'informant de la délivrance prochaine d'un titre de séjour valable du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2024 ; ce titre de séjour ne lui a toutefois pas été remis à ce jour, en dépit de ses relances ; il a changé d'adresse et ne peut déposer une nouvellement demande de renouvellement auprès de la préfecture de son nouveau lieu de domicile en raison de l'absence de remise du titre de séjour expirant le 136 novembre 2024 ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve dans l'incapacité de procéder à son changement d'adresse et à déposer une demande de renouvellement de titre de séjour à la préfecture de son nouveau lieu de résidence, à défaut de s'être vu remettre le titre de séjour expirant le 13 novembre 2024, qu'il a effectué plusieurs démarches pour débloquer la situation, qui sont toutes restées vaines, que cette situation porte préjudice à ses études et à sa vie privée et familiale ;

- la mesure sollicitée est utile pour la préservation de ses droits, compte tenu de l'échec de ses démarches pour résoudre la situation dans laquelle il se trouve ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer subsidiairement au rejet de la requête.

La préfète du Val-de-Marne fait valoir que ses services ont lancé la fabrication du titre de séjour de M. A, qui sera destinataire d'une carte de résidence d'un an valable jusqu'au 13 novembre 2024, que l'intéressé sera informé par courriel électronique ou SMS une fois la fabrication terminée, que ces circonstance font en tout état de cause obstacle à ce que la condition d'urgence soit regardée comme étant remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Il résulte de l'instruction que M. A est régulièrement entré en France le 27 août 2021 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " d'une durée de validité de trois mois comprise entre le 17 août 2021 et le 15 novembre 2021. Il s'est vu délivrer puis renouveler un titre de séjour portant la mention " étudiant " pour la période du 16 novembre 2021 au 15 novembre 2022 puis du 16 novembre 2022 au 15 novembre 2023. Il en a à nouveau sollicité le renouvellement le 18 août 2023 et s'est vu notifier, le 23 août 2023, une décision favorable l'informant de la délivrance prochaine d'un titre de séjour valable du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2024. Il est constant que ce titre de séjour ne lui a toujours pas été remis en dépit de ses relances.

3. En premier lieu, s'agissant du renouvellement d'un titre de séjour, la condition d'urgence doit être regardée comme étant remplie, alors au surplus que le titre de séjour dont la remise est sollicitée expirera le 14 novembre prochain et que le requérant fait état des blocages administratifs suscités par le défaut de la remise de ce titre pour procéder à son changement d'adresse et au dépôt d'une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour.

4. En deuxième lieu, si l'autorité préfectorale fait valoir dans son mémoire en défense que la fabrication du titre de séjour dont la validité expirera le 14 novembre 2024 a été lancée et s'il résulte de la pièce jointe à ce mémoire que cette fabrication aurait été lancée le 2 juillet 2024, elle n'apporte à l'appui de cette information aucun élément permettant d'expliquer le délai anormalement long qui s'est écoulé depuis la décision favorable du 23 août 2023 ou depuis le lancement de cette fabrication. Elle n'apporte pas plus d'élément sur l'échéance à laquelle ce titre pourrait être remis, alors qu'il expire le 14 novembre prochain. Il ne peut dès lors être considéré que le lancement de la fabrication du titre sollicité ferait perdre son objet à la requête de M. A ou ferait cesser la situation d'urgence dans laquelle il se trouve.

5. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la demande tendant à ce que le titre de séjour accordé pour la période du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2024 ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

6. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre toutes mesures nécessaires pour que le titre de séjour portant la mention " étudiant " et valable du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2024 soit remis de manière effective à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de Marne de prendre toutes mesures nécessaires pour que le titre de séjour portant la mention " étudiant " et valable du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2024 soit remis de manière effective à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 31 octobre 2024

La juge des référés,

Signe : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,