Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407915
lundi 16 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407915 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 12ème chambre, éloignement |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, M. D, représenté par Me Pinto, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pinto de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, le versement à M. B de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence et méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît son droit au maintien sur le territoire français faute pour l'administration de prouver que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Val-de-Marne, représenté par le cabinet Actis Avocats, a produit des pièces en défense, enregistrées le 6 décembre 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Di Candia, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 11 décembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant bangladais né le 1er août 1997, déclare être entré en France le 10 septembre 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée à la fois par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, par une décision du 28 avril 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile, par une décision du 24 avril 2024. Par arrêté du 6 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Le bureau d'aide juridictionnelle s'étant prononcé sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par le requérant par une décision du 18 septembre 2024 lui accordant l'aide juridictionnelle totale, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, à qui la préfète du Val-de-Marne a délégué sa signature, par un arrêté du 31 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 94 de la préfecture du Val-de-Marne du même jour, à l'effet notamment de signer les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne se confond pas avec le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, doit être écarté comme n'étant pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. B. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit donc être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ". Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche TélemOFPRA produite par le préfet en défense, que le recours formé par M. B devant la cour nationale du droit d'asile a été rejeté par une décision du 24 avril 2024, notifiée le 17 mai 2024. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît son droit au maintien et qu'il ne pouvait être éloigné du territoire français en l'absence de la preuve de la notification d'une décision de la cour nationale du droit d'asile Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'impliquant pas par elle-même que M. B quitte le territoire à destination d'un pays déterminé, le moyen soulevé à l'encontre de cette décision et tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.
9. En septième lieu, si M. B justifie avoir été embauché à compter du 1er décembre 2023 en qualité d'employé polyvalent dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, cette seule circonstance ne permet pas d'établir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En huitième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, les moyens tirés de l'illégalité, par la voie de l'exception, de la décision octroyant un délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination doivent être écartés.
11. En neuvième lieu, si M. B fait valoir qu'il encourt un risque en cas de retour dans son pays d'origine en raison d'une machination dont il se dit victime du fait de sa relation amoureuse avec la fille d'une personnalité influente, soutenue par la ligue Awami, il n'établit pas, en se bornant à se prévaloir de considérations générales liées à la situation politique au Bangladesh et à la violation du droit à un procès équitable, qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 avril 2023, puis la Cour nationale du droit d'asile, par une décision du 24 avril 2024, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées et par suite les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.
La présidente,
Signé : O. DI CANDIALa greffière,
Signé : N. RIELLANT
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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