Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408177
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 4 septembre 2024, Mme B A forme opposition à la contrainte émise le 6 juin 2024 par la caisse régionale de Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne en vue du recouvrement d'indus d'aides personnelles au logement d'un montant total de 1602 euros.
Elle soutient :
- que la contrainte ne détaille pas le montant réclamé ;
- qu'elle doit une somme de 804 euros pour des prestations d'août à novembre 2023 (265 euros par mois pour les mois d'août à octobre et 275 euros pour le mois de novembre, soit 1069 euros dont elle a déjà remboursé 265 euros le 31 mars 2024, soit un solde de 804 euros) ;
- qu'elle n'a toujours pas reçu de réponse à sa demande d'échéancier pour le règlement de ce solde de 804 euros ;
- que sa situation ne lui permet pas de rembourser l'indu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, la caisse régionale de Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M Pottier, président-rapporteur.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La directrice générale de la caisse régionale de Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne a délivré le 6 juin 2024 une contrainte à l'encontre de Mme A en vue du recouvrement d'indus d'aides personnelles au logement d'un montant total de 1602 euros. Par la présente requête, Mme A forme opposition à cette contrainte.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, applicable aux aides personnelles au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de l'action sociale et des familles : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Le premier alinéa de l'article R. 133-3 du même code dispose : " Si la mise en demeure () reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner () une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. () A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la contrainte doit mentionner le " montant " de l'indu, mais non le détail des sommes réclamées, ni les motifs de l'indu. Le moyen tiré du défaut d'explications et de détails des sommes réclamées ne peut donc être utilement invoqué à l'encontre de la contrainte attaquée.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale que la contrainte ne peut être décernée qu'après une " notification de payer le montant réclamé ", notification qui présente le caractère d'une décision de récupération d'indu et qui doit mentionner, notamment, " le motif, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements donnant lieu à répétition ", et qu'après une " mise en demeure de payer dans le délai d'un mois ", qui doit également comporter, notamment, " le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ".
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces versées par la caisse régionale de Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne, et n'est au demeurant pas contesté, que la contrainte a été émise en vue du recouvrement de deux indus, l'un, d'aide personnalisée au logement, d'un montant de 798 euros pour la période du 1er octobre au 31 décembre 2022, l'autre, d'allocation de logement sociale, d'un montant de 804 euros pour la période d'août à octobre 2023, qui ont fait l'objet de deux décisions de récupération datées respectivement du 1er mars 2023 et du 11 décembre 2023, notifiées à Mme A, puis de deux mises en demeure toutes deux datées du 16 avril 2024, et également notifiées à l'intéressée. Ces deux décisions de récupération d'indu et les deux mises en demeure subséquentes comportent l'ensemble des mentions requises par les dispositions précitées.
6. En troisième lieu, si Mme A soutient qu'elle doit une somme de 804 euros pour des prestations d'août à novembre 2023, à raison de 265 euros par mois pour les mois d'août à octobre et de 275 euros pour le mois de novembre, soit 1069 euros dont elle a déjà remboursé 265 euros le 31 mars 2024, et un solde de 804 euros, il résulte de l'instruction que l'indu au titre de cette période correspond à ce montant de 804 euros, de sorte que la caisse régionale a bien tenu compte de ce premier remboursement. Par ailleurs, Mme A ne soulève pas de contestation précise à l'encontre de l'indu d'aide personnalisée au logement, d'un montant de 798 euros, pour la période du 1er octobre au 31 décembre 2022.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 825-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement () doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur ".
8. En l'espèce, la caisse régionale de Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne fait valoir sans être contestée que Mme A n'a pas exercé le recours préalable obligatoire qui a été mentionné, avec le délai de deux mois, dans chaque décision de récupération d'indu. A défaut d'avoir exercé ce recours, Mme A ne peut pas contester le bien-fondé de ces indus à l'appui de son opposition à la contrainte.
9. Enfin, si, en vertu du dernier alinéa de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable aux aides personnelles au logement selon l'article L. 823-9 du code de l'action sociale et des familles, " la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ", il appartient à Mme A de présenter au directeur de la caisse régionale une demande de remise de dette à titre gracieux sur le fondement du 2° de l'article L. 825-3 et de l'article R. 825-3 du code de l'action sociale et des familles. A défaut de justifier d'une décision refusant une telle remise gracieuse, malgré la demande de régularisation que lui a adressée le tribunal, les conclusions tendant à une telle remise doivent en tout état de cause être rejetées comme étant irrecevables. Quant au moyen tiré de la précarité de la situation de la requérante, il ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la contrainte, mais seulement à l'appui d'une demande de remise gracieuse, qu'il est toujours possible à l'intéressée de présenter devant le directeur de la caisse régionale.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse régionale de Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président-rapporteur,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghittalah-Ciock, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
X. POTTIER
L'assesseure la plus ancienne,
A. AVIRVAREI
La greffière,
A. STARZYNSKI
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2408177
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618596
01/09/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618522
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2604282
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2503670
01/09/2026