mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409334 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 12ème chambre, éloignement |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Val-de-Marne, représenté par Actis avocats, a produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 24 janvier 2025.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. F, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E F, premier vice-président,
- et les observations de M. B lui-même, par le biais d'un interprète en langue bengali, qui précise la nature des risques dont il se prévaut en cas de retour dans son pays d'origine et produit des photographies de nature à étayer ses propos, et de Me Rahmouni, du cabinet Actis avocats représentant le préfet du Val-de-Marne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 29 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bangladais né le 10 avril 1984, a déposé une demande d'asile en France qui a été rejetée par une décision du 8 décembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 17 mai 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 4 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 20 novembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces circonstances, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire.
Sur les autres conclusions :
3. En premier lieu, par un arrêté du 26 juin 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du 27 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. C A, attachée, adjointe au chef du bureau de l'asile, pour signer notamment les décisions d'obligation de quitter le territoire français ainsi que celles fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte de manière suffisamment précise et non stéréotypée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées permettant au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, M. B soutient que la mesure d'éloignement a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle en se prévalant d'éléments qui n'ont d'incidence que sur la légalité de la décision fixant le pays de destination. Son moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, le requérant ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle sur le territoire français et n'apporte également aucune précision permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé des moyens soulevés tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire. A supposer qu'il puisse être regardé comme dirigé contre la décision fixant le pays de destination, M. B ne produit aucun élément de nature à établir qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En particulier, les photographies produites à l'audience ne permettent pas de faire le lien avec sa situation personnelle. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
Le premier vice-président,
Signé : O. FLa greffière,
Signé : S. AIT MOUSSALa République mande et ordonne au préfet Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AIT MOUSSA
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