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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2409604

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409604

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSEMARA BEN MANSOUR

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision implicite de rejet du préfet de Seine-et-Marne refusant un titre de séjour à Mme C..., ressortissante congolaise. Le tribunal estime que cette décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, la requérante justifiant d'une vie privée et familiale stable en France avec son compagnon et leur enfant. En conséquence, il enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois, et condamne l'État à lui verser 1 500 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, Mme A... C..., représentée par Me Semara, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C... soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La requête de Mme C... a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er octobre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Avirvarei, conseillère.


Considérant ce qui suit :

Mme A... C..., ressortissante congolaise, née le 26 mai 1983, a sollicité, le 13 mars 2023, son admission exceptionnelle au séjour pour vie privée et familiale. En l’absence de réponse de la part du préfet de Seine-et-Marne, une décision implicite de rejet est née sur sa demande. Mme C... demande l’annulation de la décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme C... a conclu un pacte civil de solidarité le 26 août 2022 avec M. B..., un compatriote titulaire à la date de la décision attaquée d’une carte de séjour pluriannuelle, et que le couple a eu un enfant né le 24 novembre 2020 reconnu immédiatement par M. B... en novembre 2020. Il ressort également des pièces du dossier que la même adresse est indiquée sur l’acte de naissance de l’enfant pour Mme C... et M. B..., que la requérante et leur enfant sont identifiés sur le compte CAF de M. B..., qu’à partir de 2021, les documents produits par la requérante pour justifier de sa présence en France sont à l’adresse de M. B... à Mitry-Mory et que leur enfant était scolarisé à une école à Mitry-Mory au titre de l’année 2023-2024. Au regard de l’ensemble de ces éléments, la communauté de vie de Mme C... et M. B... est établie depuis plus de deux ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant fixé le centre de ses attaches privées et familiales sur le territoire français. Il s’ensuit que Mme C... est fondée à soutenir que la décision implicite attaquée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Ainsi, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de Mme C....

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » soit délivrée à la requérante. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Mme C... d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite du préfet de Seine-et-Marne refusant un titre de séjour à Mme C... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Mme C... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.


La rapporteure,



A. Avirvarei


Le président,



X. Pottier

La greffière,



C. Sarton

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,

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