Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409815

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur demande de la préfète du Val-de-Marne, ordonne l'expulsion de M. C d'un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile (HUDA). La solution retenue est fondée sur le constat que M. C, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, se maintient sans titre dans les lieux, ce qui ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse. Le juge applique les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retenant l'urgence et l'utilité de la mesure pour libérer une place nécessaire à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D C de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile situé au 1 avenue Pierre Sémard à Ivry-sur-Seine ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement " Aurore Pierre Sémard " afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Elle indique que M. C est accueilli depuis le 29 mars 2019 dans ce centre d'hébergement, que sa demande d'asile a été rejetée le 18 février 2020, que l'Office français pour l'immigration et l'intégration lui a notifié un courrier de fin de prise en charge le

24 septembre 2020 et qu'un courrier de mise en demeure lui a été remis le 15 février 2024.

Elle soutient que le juge administratif est compétent pour connaître de la requête, que le préfet a qualité pour introduire la requête en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies en l'espèce du fait du refus de M. C de libérer sa place en hébergement nécessaire pour l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile et que cette demande ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse car M. C a vu sa demande d'asile rejetée et a été destinataire d'une mise en demeure de quitter les lieux le 15 février 2024.

La requête a été communiquée le 6 août 2024 à M. C, qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 3 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, et entendu les observations de M. B, représentant la préfète du Val-de-Marne.

M. C dûment convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1 Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3 Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4 M. C, ressortissant soudanais né en 1986 à Tamaniah (wilaya de Gédaref), entré en France le 6 avril 2016 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 février 2020. Une notification de sortie du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile où il résidait depuis le 29 mars 2019 lui a été notifiée le 24 septembre 2020. M. C n'a pas quitté ce lieu d'hébergement. La préfète du Val-de-Marne, le 1er février 2024, l'a donc mis en demeure de le quitter.

5 M. C se maintenant ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les instances compétentes, la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte, dans ces conditions, à aucune contestation sérieuse.

6 La préfète indique par ailleurs que les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile sont occupés à des taux voisins de 100 % dans le Val-de-Marne et que l'accueil des nouveaux publics nécessite que les personnes qui s'y maintiennent indûment libèrent les lieux le plus vite possible.

7 Cette situation n'étant pas contestée par le requérant, il y a donc lieu d'ordonner à M. C de quitter effectivement sans délai le logement qu'il occupe dans l'immeuble Aurore Pierre Sémard situé 1 avenue Pierre Sémard à Ivry-sur-Seine, faute de quoi la préfète du

Val-de-Marne pourra faire procéder à son expulsion en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. C de quitter sans délai le logement qu'il occupe irrégulièrement 1 avenue Pierre Sémard à Ivry-sur-Seine.

Article 2 : la préfète du Val-de-Marne est autorisée à procéder, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. C.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et à la préfète du

Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

A : M. AymardA : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,