Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409824

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion sans délai de M. B, ressortissant guinéen, du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile géré par Emmaüs à Vitry-sur-Seine. La juridiction a constaté que M. B se maintenait indûment dans les lieux malgré le rejet définitif de sa demande d'asile, une décision de sortie notifiée en 2022 et une mise en demeure restée infructueuse. La solution retenue est fondée sur les articles L. 551-11 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la fin de l'hébergement après la perte du droit au maintien sur le territoire. Le juge a autorisé le recours à la force publique pour l'évacuation et le débarras des biens aux frais de l'occupant, en raison de l'urgence et de l'utilité de libérer la place pour l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, la préfète du Val-de-Marne demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D B de l'immeuble " Emmaïs Chérioux " situé 4 route de Fontainebleau, domaine de Chérioux, à Vitry-sur-Seine ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B à défaut pour lui de les avoir emportés.

Il indique que M. B, ressortissant guinéen, a été accueilli depuis le

8 novembre 2021 au centre d'hébergement pour demandeurs d'asile de Vitry-sur-Seine, géré par l'association " Emmaüs ", qu'il se maintient indûment au sein de ce lieu d'hébergement nonobstant une décision de sortie notifiée le 5 septembre 2022 et une mise en demeure de quitter les lieux du 1er février 2024.

Il soutient que le juge administratif est compétent pour connaître de la requête, que le préfet a qualité pour introduire la requête en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies en l'espèce du fait du refus de M. B de libérer sa place en hébergement nécessaire pour l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile et que cette demande ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse car M. B a vu sa demande d'asile rejetée et a été destinataire d'une mise en demeure de quitter les lieux le 1er février 2024.

La requête a été communiquée le 6 août 2024 à M. B qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 3 septembre 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de M. C, représentant la préfète du Val-de-Marne.

M. B, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1 Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3 Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4 M. B, ressortissant guinéen né le 18 janvier 2003 à Conakry, entré en France en 2019 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée une ordonnance de la présidente désignée de la Cour nationale du droit d'asile du 26 juillet 2022. Par un arrêté du 21 novembre 2022, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Une notification de sortie du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile où il résidait depuis le 8 novembre 2021 lui a été notifiée le 5 septembre 2022. M. B n'a pas quitté ce lieu d'hébergement. La préfète du Val-de-Marne le 1er février 2024, l'a donc mis en demeure de le quitter.

5 M. B se maintenant ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les instances compétentes, la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte, dans ces conditions, à aucune contestation sérieuse.

6 Le préfet indique par ailleurs que les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile sont occupés à des taux voisins de 100 % dans le Val-de-Marne et que l'accueil des nouveaux publics nécessite que les personnes qui s'y maintiennent indûment libèrent les lieux le plus vite possible, le centre de Vitry-sur-Seine comprenant par ailleurs 30 % de présence indue.

7 Cette situation n'étant pas contestée par le requérant, il y a donc lieu d'ordonner à M. B de quitter effectivement sans délai le logement qu'il occupe dans l'immeuble " Emmaïs Chérioux " situé 4 route de Fontainebleau, domaine de Chérioux, à Vitry-sur-Seine, faute de quoi la préfète du Val-de-Marne pourra faire procéder à son expulsion en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B de quitter sans délai le logement qu'il occupe irrégulièrement 4 route de Fontainebleau, domaine de Chérioux, à Vitry-sur-Seine.

Article 2 : La préfète du Val-de-Marne est autorisée à procéder, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. B.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et à la préfète du

Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

A : M. AymardA : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409824