Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410330

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision du 18 juillet 2024 par laquelle le directeur du CNAPS a retiré la carte professionnelle d'agent privé de sécurité de M. B. La décision attaquée est insuffisamment motivée en fait, car elle se borne à évoquer un comportement "de nature à porter atteinte à la sécurité publique" sans préciser les éléments concrets, et ne justifie pas d'une "urgence absolue" au sens de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal applique les articles L. 211-2 et L. 211-5 du même code, ainsi que l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2024 M. C B, représenté par Me Dunikowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités de privées de sécurité (CNAPS) lui a retiré sa carte professionnelle et l'a obligé à informer sans délai son employeur de ce retrait ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au directeur général du CNAPS qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 6 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2024.

Après la clôture de l'instruction le directeur du CNAPS a produit un mémoire le 25 octobre 2024, et une pièce le 29 novembre 2024, qui n'ont pas été communiqués, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de la juridiction administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre les particuliers et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Combier,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- les observations de Me Dunikowski, représentant M. B.

Le directeur du CNAPS n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était titulaire d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité délivrée le 23 août 2023. Par une décision du 18 juillet 2024 le directeur du conseil national des activités de sécurité privée (CNAPS) lui a retiré cette carte. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, en vertu de l'article L. 211-6 du même code : " Lorsque l'urgence absolue a empêché qu'une décision soit motivée, le défaut de motivation n'entache pas d'illégalité cette décision. () "

4. En application de ces dispositions, la décision de retrait d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs, sauf à ce que l'administration compétente invoque l'existence d'une urgence absolue.

5. La décision par laquelle le directeur du CNAPS a retiré la carte professionnelle du requérant comporte les éléments de droit sur lesquels elle se fonde. En revanche, concernant la motivation en fait, elle se fonde sur la seule circonstance que des éléments auraient été " portés à la connaissance " du CNAPS selon lesquels " M. D B a un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat ". Cette décision indique en outre que le retrait est justifié " au regard de la sensibilité des missions confiées aux agents privés de sécurité, et de la nécessité qui en découle de vérifier qu'ils présentent, dans le cadre notamment de l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 et alors que les professionnels de la sécurité privée seront particulièrement mobilisés lors de ces évènements majeurs, toutes les garanties nécessaires à la préservation de la sécurité générale, à laquelle ils concourent ". En ne faisant état d'aucun élément de fait plus précis de nature à justifier de l'existence d'un risque d'atteinte à la sécurité ou à la sûreté de l'Etat, l'administration, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, n'a pas permis à l'intéressé de connaître les motifs de fait sur lesquels sa décision était fondée. Si la décision attaquée mentionne également que " les circonstances particulières de l'espèce caractérisent une situation d'urgence " la seule imminence des jeux olympiques n'est pas suffisante pour caractériser une telle urgence, laquelle au demeurant ne saurait être une simple urgence mais doit constituer une " urgence absolue " en application de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration rappelé au point 3. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du CNAPS du 18 juillet 2024 est annulée.

Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la juridiction administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur du conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Combier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

D. COMBIER

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,