Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410671

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. et Mme A, qui contestaient l'affectation de leur fille en classe de 6e au collège Albert Camus de Meaux et demandaient son inscription au collège Henri Dunant. Le tribunal a jugé que la décision d'affectation, refusant un assouplissement à la carte scolaire, n'était pas soumise à une obligation de motivation, rendant ce moyen inopérant. Il a également écarté le vice de forme invoqué, la décision de rejet du recours gracieux étant régulièrement signée. Enfin, les requérants n'ayant pas développé les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant, ceux-ci ont été écartés, confirmant ainsi la légalité des décisions attaquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août et 9 octobre 2024, M. D et Mme B A, agissant tant en leur nom personnel qu'au nom de leur enfant mineure C A, représentés par Me Clerc, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juin 2024 du directeur des services départementaux de l'éducation nationale portant affectation de leur fille C A en classe de 6ème au collège Albert Camus de Meaux, ensemble la décision du 15 juillet 2024 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la direction des services départementaux de l'éducation nationale de Seine-et-Marne de procéder à l'affectation de la jeune C A au collège Henri Dunant de Meaux ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de la direction des services départementaux de l'éducation nationale de Seine-et-Marne une somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- la décision de rejet du recours gracieux est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'est pas signée par son auteur ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de leur enfant.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 septembre, 9 et 21 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutour, conseillère,

- et les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 juin 2024, la rectrice de l'académie de Créteil a affecté C, fille des requérants, en classe de 6ème pour la rentrée scolaire 2024 au collège Albert Camus de Meaux. M. et Mme A, parents de la jeune C, ont formé un recours gracieux le 14 juin 2024 à l'encontre de cette décision, rejeté par une décision de la direction des services départementaux de l'éducation nationale du 15 juillet 2024. Par la présente requête, les requérants, qui souhaitent que leur fille soit affectée au collège Henri Dunant de Meaux, demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

3. La décision, qui refuse un assouplissement à la carte scolaire, n'entre dans aucun des cas prévus par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration dans lesquels une décision administrative doit être motivée. Il en va de même pour la décision rejetant leur recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté comme étant inopérant.

4. En deuxième lieu, il ressort de la décision du 15 juillet 2024 rejetant leur recours gracieux qu'elle comporte le nom, le prénom, la qualité et la signature de son auteur. Par suite, le moyen tiré du vice de forme dès lors qu'elle n'est pas signée par son auteur ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article D. 211-11 du code de l'éducation : " Les collèges et les lycées accueillent les élèves résidant dans leur zone de desserte. / Le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, détermine pour chaque rentrée scolaire l'effectif maximum d'élèves pouvant être accueillis dans chaque établissement en fonction des installations et des moyens dont il dispose. / Dans la limite des places restant disponibles après l'inscription des élèves résidant dans la zone normale de desserte d'un établissement, des élèves ne résidant pas dans cette zone peuvent y être inscrits sur l'autorisation du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dont relève cet établissement. / Lorsque les demandes de dérogation excèdent les possibilités d'accueil, l'ordre de priorité de celles-ci est arrêté par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, conformément aux procédures d'affectation en vigueur. / () ".

6. Les requérants soutiennent que leur fille aurait dû être affectée au collège Henri Dunant de Meaux de manière dérogatoire aux motifs que cela la maintiendra avec ses amis et ses proches et l'aiderait à vaincre l'anxiété que lui cause cette séparation, que son frère ainé y est déjà scolarisé en classe de 3ème, que c'est plus proche du domicile de la famille et que cela aidera les parents dans leur organisation pour déposer leurs enfants à l'école dès lors que M. A a une vie professionnelle très prenante et que Mme A est en congé maternité et s'occupe de leur dernier enfant nouveau-né. Il ressort des pièces du dossier qu'en application des dispositions de l'article D. 211-11 du code de l'éducation, le recteur de l'académie de Créteil a établi et communiqué aux parents d'élèves entrant en classe de sixième au titre de l'année scolaire 2024-2025 les critères de dérogation de carte scolaire qui sont, par ordre décroissant de priorité : " 1. Elève souffrant d'un handicap ; 2. Elève nécessitait une prise en charge médicale importante à proximité de l'établissement demandé ; 3. Elève boursier sur critères sociaux ; 4. Elève dont un frère ou une sœur est en cours de scolarité dans le collège sollicité ; 5. Elève dont le domicile, en limite de secteur, est proche de l'établissement souhaité ; 6. Elève devant suivre un parcours scolaire particulier ". Il est constant que la demande de dérogation présentée pour la fille des requérants était motivée par la scolarisation de son frère dans le collège sollicité, en l'espèce le collège Henri Dunant de Meaux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cet établissement comprend un effectif maximal de 123 élèves pour les classes de sixième et qu'une dérogation a été accordée pour motif médical et une autre pour motif d'élève boursier sur critères sociaux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. Enfin, les requérants soutiennent que cette affectation cause à leur fille une vive anxiété, bouleverse leur organisation dès lors qu'ils résident à proximité immédiate du collège Henri Dunant et où est scolarisé le frère de C qui est en situation de handicap. Toutefois, ils ne produisent qu'un certificat médical postérieur aux décisions et très peu circonstancié d'un médecin généraliste pour établir l'état de santé de leur fille. En tout état de cause, l'ensemble de ces circonstances ne suffit pas à établir que la décision attaquée méconnait son intérêt supérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de leur fille doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants tendant à l'annulation des décisions du 11 juin 2024 et du 15 juillet 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme B A, et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Dutour, conseillère,

M. Tom Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

L. DUTOURLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière