Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410786
mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410786 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. B C A, représenté par Me Lacour, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision " 48 SI " en date du 20 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire par solde nul de points ;
2°) de lui restituer de façon transitoire son permis de conduire compte tenu du solde de point positif à la date de l'émission du courrier " 48 SI ".
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros, au titre des frais d'avocat engagés et justifiés afin de faire valoir sa défense au de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique qu'il exerce la profession de chauffeur-routier et qu'il a été destinataire le 15 juillet 2024 d'un courrier recommandé " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire, qu'il est le père de quatre enfants qui sont atteints du trouble du spectre autistique et sont accueillis en établissements spécialisés et qu'il a été convoqué par son employeur le 6 août 2024 en vue d'un possible licenciement.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car la détention d'un permis de conduire est indispensable à l'exercice de son métier et qu'il risque d'être licencié et, sur le doute sérieux, que son solde de points n'est pas nul, que la décision n'est pas motivée, et qu'il n'a jamais payé les amendes forfaitaires.
Vu :
- la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 5 août 2024 sous le n° 2409804, M. C A a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une lettre " 48 SI " en date du 20 juin 2024, le ministre de l'intérieur a informé M. C A, résidant à Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) de l'invalidation de son permis de conduire à la suite d'une infraction constatée le 19 septembre 2023 à Paris ayant entraîné la perte de six points de son permis de conduire. Cette infraction faisait suite à quinze autres, commises entre avril 2006 et avril 2023, ayant entrainé la perte de vingt-quatre points. Par une requête enregistrée le 5 août 2024, M. C A a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du 2 septembre 2024, la suspension de son exécution, après une première requête rejetée par une ordonnance du 8 août 2024
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les
deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code :
" La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, M. C A fait valoir qu'il exerce la profession de chauffeur poids-lourd et que la perte de son permis va entraîner la perte de son emploi, que son permis de conduire est aussi nécessaire pour qu'il puisse conduire ses deux fils, atteints de handicap, dans les instituts spécialisés où ils sont pris en charge, et que son épouse n'est pas titulaire d'un permis de conduire.
5. Eu égard toutefois à la gravité, à la fréquence et au caractère répété des infractions au code de la route commises par le requérant, dont celui-ci ne conteste pas d'ailleurs sérieusement la matérialité, les éléments qu'il invoque ne peuvent être regardés comme caractérisant une situation d'urgence laquelle doit s'analyser, comme il l'a été dit plus haut, globalement et concrètement, et aussi compte tenu des impératifs de la sécurité routière. Elle ne peut en particulier être considérée comme remplie, dès lors que la situation que déplore le requérant résulte de son propre comportement et de sa propre négligence, alors même qu'il soutient que la possession de son permis de conduire était absolument nécessaire tant à sa vie professionnelle qu'à sa vie personnelle, et qu'il lui appartenait donc d'.
6. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de M. C A selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B C A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. Aymard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2410786
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