Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410874

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A. Celle-ci demandait la suspension de l'exécution de la décision du 26 août 2024 de la commission présidée par la rectrice de l'académie de Créteil, confirmant le refus d'autorisation d'instruction dans la famille pour son fils. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'ayant pas justifié de circonstances particulières établissant une atteinte suffisamment grave et immédiate à l'intérêt de l'enfant. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 et 17 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Loustau, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 26 août 2024 par laquelle la commission présidée par la rectrice de l'académie de Créteil auprès de laquelle doivent être formés les recours administratifs préalables obligatoires contre les décisions de refus d'autorisation d'instruction dans la famille a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a exercé contre le refus d'autorisation d'instruction dans la famille qui lui a été opposé pour son fils D B au titre de l'année scolaire 2024-2025 par une décision initiale de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne en date du décision du 22 juillet 2024, ainsi que de cette décision initiale ;

2°) d'enjoindre en conséquence à la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne de lui accorder l'autorisation d'instruction dans la famille pour son fils D B au titre l'année scolaire 2024-2025 et, en toute hypothèse, de réexaminer son dossier dans le sens de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de cette ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête est recevable, dès lors qu'elle a exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 131-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contre la décision initiale du 22 juillet 2024 dans les quinze jours suivant la notification de cette décision ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : la commission présidée par la rectrice de l'académie de Créteil auprès de laquelle doivent être formés les recours administratifs préalables obligatoires contre les décisions de refus d'autorisation d'instruction dans la famille ne s'est toujours pas prononcée, malgré l'imminence de la rentrée scolaire, sur le recours administratif préalable obligatoire dont elle l'a saisie ; le refus d'autorisation d'instruction dans la famille en litige a pour effet de l'obliger à scolariser son enfant, contrairement aux intérêts de celui-ci, à compter du 2 septembre 2024 ; il pourrait par ailleurs avoir des conséquences sur le bien-être de son enfant ; il intervient enfin dans un contexte qui pourrait avoir des conséquences irrémédiables ou, à tout le moins, néfastes sur l'équilibre de son enfant ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige pour les raisons suivantes :

en ce qui concerne la décision initiale du 22 juillet 2024 :

*cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

*elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 131-11-1 du code de l'éducation ;

*elle est entachée d'une " erreur de droit " et d'une " erreur manifeste d'appréciation " de sa situation en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant ;

en ce qui concerne la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire le 26 août 2024 :

*cette décision est intervenue au terme d'une procédure irrégulière au regard de des articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation, dès lors qu'il n'est pas établi que les règles de composition, de quorum et de délibération définies par ces articles ont été respectées ;

*elle est insuffisamment motivée ;

*elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande d'autorisation d'instruction dans la famille ;

*elle est entachée d'une " erreur de droit " et d'une " erreur manifeste d'appréciation " de sa situation en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

-celle-ci est irrecevable, en l'absence d'introduction d'une requête en annulation de la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire qui s'est substituée à la décision initiale de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne et de production d'une copie de cette requête en annulation dans la présente instance ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

-la requête n° 2410875 tendant à l'annulation des décisions dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 18 septembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, qui a informé les parties, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne en date du 22 juillet 2024, à laquelle s'est nécessairement substituée la décision prise le 26 août 2024 sur le recours administratif préalable obligatoire formé contre elle par la requérante, sont devenues sans objet ;

-les observations de Me Loustau, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de de la décision du 26 août 2024 par laquelle la commission présidée par la rectrice de l'académie de Créteil auprès de laquelle doivent être formés les recours administratifs préalables obligatoires contre les décisions de refus d'autorisation d'instruction dans la famille a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a exercé contre le refus d'autorisation d'instruction dans la famille qui lui a été opposé pour son fils D B au titre de l'année scolaire 2024-2025 par une décision initiale de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne en date du décision du 22 juillet 2024, ainsi que de cette décision initiale, Mme A fait valoir qu'il n'a pas été statué sur le recours mentionné ci-dessus malgré l'imminence de la rentrée scolaire, que le refus d'autorisation d'instruction dans la famille en litige a pour effet de l'obliger à scolariser son enfant, contrairement aux intérêts de celui-ci, à compter du 2 septembre 2024, que ce refus pourrait par ailleurs avoir des conséquences sur le bien-être de son enfant et qu'il intervient dans un contexte qui pourrait avoir des conséquences irrémédiables ou, à tout le moins, néfastes sur l'équilibre de son enfant. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'affaire n° 2410875 dans laquelle la requérante sollicite l'annulation des décisions mentionnées ci-dessus est inscrite au rôle d'une audience prévue le 18 octobre 2024. Dans ces conditions, l'urgence requise pour la mise en œuvre des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme caractérisée en l'espèce.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision initiale du 22 juillet 2024 mentionnée au point précédent, ni sur les fins de non-recevoir opposées par la rectrice de l'académie de Créteil, que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Créteil.

Fait à Melun, le 15 octobre 2024

Le juge des référés,

Signé : M. ZanellaLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,