Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410913

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente, suffisamment motivée, et que la procédure, incluant l'absence d'entretien préalable, n'était pas irrégulière au regard des textes applicables, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que les moyens tirés du défaut d'examen, de l'atteinte à la dignité et de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Père, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 27 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable afin d'évaluer sa vulnérabilité, mené par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration spécialement formé à cette fin ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le droit au respect de sa dignité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 4 juillet 2001 à Conakry (Guinée), est entré en France en le 20 février 2020 pour y demander l'asile. Sa demande, enregistrée le 15 juin 2020, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 février 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 février 2022. Sa demande de réexamen a été enregistrée le 27 août 2024. Par une décision du même jour, dont le requérant demande l'annulation, la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par une décision du 28 février 2024, régulièrement publiée, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme D C, directrice territoriale de Créteil de l'OFII et signataire de la décision en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation du requérant, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. A en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article L. 551-15 de ce code : " () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien visant à évaluer la vulnérabilité de M. A a eu lieu le 27 août 2024. De plus, d'une part, si la fiche d'évaluation de la vulnérabilité du requérant ne comporte pas l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, il ne résulte d'aucune disposition que l'administration soit tenue d'y faire figurer cette mention. D'autre part, la fiche d'évaluation de la vulnérabilité du requérant, si elle ne comporte ni les initiales ni la signature de l'agent ayant conduit l'entretien, mentionne néanmoins sa qualité d'auditeur, comporte le cachet de la direction territoriale d'Evry de l'OFII et il ne se déduit par ailleurs d'aucune pièce du dossier que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne spécifiquement formée. Dès lors, l'entretien de M. A doit être regardé comme ayant été mené par un agent ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, pris dans ses différentes branches, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

10. De plus, aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 551-13 du même code : " Le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Et aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (). ".

11. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII, qui a examiné les besoins et la situation personnelle et familiale du requérant, a pris en compte sa vulnérabilité, laquelle a été évaluée lors de l'entretien conduit par l'agent de l'OFII le 27 août 2024. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A était âgé de vingt-trois ans à la date de la décision contestée, célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. En outre, lors de l'entretien du 27 août 2024, le requérant n'a fait état d'aucun problème de santé ni émis aucune observation de nature à établir une situation particulière de vulnérabilité. Enfin, alors que la demande d'asile du requérant a été rejetée par une décision de la CNDA du 16 février 2022, de sorte que M. A ne bénéficie plus des conditions matérielles d'accueil depuis le 1er mars 2022, soit deux ans et demi avant l'édiction de la décision attaquée, les seules allégations du requérant, très peu circonstanciées, selon lesquelles il vit à la rue et est contraint de se livrer à la prostitution pour subvenir à ses besoins ne suffisent pas, en l'absence de toute autre précision concernant ses moyens d'existence et les dispositifs d'hébergement et d'aide qu'il aurait, le cas échéant, sollicités depuis le 1er mars 2022, à établir l'existence d'une situation de précarité telle qu'elle justifie que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui soit octroyé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à la dignité et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Père et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2410913