Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411078
mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Éloignement 12 |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure antérieure :
Par une ordonnance n° 2412395 du 30 août 2024, le vice-président du Tribunal de Cergy-Pontoise, a transmis au Tribunal administratif de Melun, territorialement compétent, la requête de M. A B, enregistrée le 28 août 2024.
Vu la procédure suivante :
Par la requête précitée, enregistrée le 4 septembre 2024 au greffe du tribunal de céans, M. B demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités norvégiennes ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale
Il soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et a été pris en méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Dellevedove pour exercer les fonctions prévues par les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dellevedove ;
- les observations de Me Claude, représentant M. B, assisté de M. C, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui soutient en outre, que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut de base légale.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri lankais né le 23 octobre 2000, a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 22 juillet 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 27 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé le transfert de M. B aux autorités norvégiennes. M. B demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, inséré au chapitre III relatif aux critères de détermination de l'État membre responsable, comprenant les articles 7 à 15 de ce règlement : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre () ". Aux termes de l'article 12 de ce même règlement : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () / 4. Si le demandeur est seulement titulaire () d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres () ". Il résulte de ces dispositions que la détermination de l'État membre en principe responsable de l'examen de la demande de protection internationale s'effectue une fois pour toutes à l'occasion de la première demande d'asile, au vu de la situation prévalant à cette date.
3. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'arrêté litigieux du 27 août 2024 que, pour prendre la décision de transfert attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine s'est référé au visa délivré le 21 juin 2024 par les autorités consulaires norvégiennes à New Delhi en possession de M. B lors du dépôt de sa demande d'asile en France, a estimé devoir écarter la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et a entendu se fonder sur la prise en charge de l'intéressé par les autorités norvégiennes après leur accord explicite intervenu le 9 août 2024 sur le fondement de l'article 12.2 de ce règlement. Le préfet des Hauts-de-Seine produit l'extrait du fichier Visabio établi pour M. B lors de la présentation de sa demande d'asile en France le 22 juillet 2024 qui atteste que l'intéressé disposait d'un visa délivré par les autorités norvégiennes le 21 juin 2024 et valable du 27 juin 2024 au 26 juin 2025. Il s'ensuit que, en l'absence de tout élément sérieux de nature à remettre en cause les données relevées par le système Visabio, il est établi, qu'il disposait bien d'un tel visa en cours de validité lors de l'introduction de sa demande d'asile en France, en cohérence avec le contenu de l'accord explicite susmentionné du 9 août 2024 par lequel les autorités norvégiennes ont accepté sa prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 12-2 de ce règlement. Dès lors, la décision attaquée prononçant le transfert de M. B aux autorités norvégiennes, ainsi réputée avoir été prise sur le fondement des dispositions susmentionnées de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, n'est entachée d'aucune erreur de fait ni d'aucun défaut de base légale. La circonstance invoquée par le requérant à l'audience qu'il n'est pas fait mention de l'article 12 de ce règlement dans les visas de l'arrêté litigieux est à cet égard sans incidence. La circonstance, invoquée par le requérant, qu'il n'a jamais séjourné en Norvège est pareillement sans incidence sur la procédure de détermination de l'État membre responsable de sa demande d'asile et sur la base légale de l'arrêté litigieux.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. La Norvège est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en sorte qu'il doit être présumé que la demande d'asile de M. B sera traitée par les autorités norvégiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait à la date de la décision contestée des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Norvège dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs qui entraîneraient un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de nature à renverser cette présomption. En tout état de cause, M. B n'établit pas la réalité des craintes et des menaces qu'il invoque et n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'il risquerait de subir personnellement en Norvège en qualité de demandeur d'asile ou dans l'éventualité d'un retour dans son pays d'origine des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations susmentionnées. Par ailleurs, M. B, qui fait valoir être entré en France le 30 mai 2024, y résidait ainsi au mieux depuis trois mois seulement à la date de la décision contestée et ne s'était prévalu auprès de l'administration de la présence d'aucun membre de sa famille en France ou en Europe antérieurement à la décision contestée. S'il se prévaut désormais de la présence en France d'une personne qu'il présente comme son oncle dans sa requête et comme un cousin éloigné de sa mère à l'audience, en se bornant à produire la carte de séjour pluriannuel de cette personne, il n'établit pas leur lien de parenté ni la réalité et a fortiori l'intensité et l'ancienneté d'une quelconque relation qu'il entretiendrait avec cette personne ou un membre de sa famille sur le territoire français à la date de la décision contestée ni être, à cette date, à la charge de cette personne ni, à l'inverse, devoir lui prêter assistance. S'il a entendu exciper de son état de santé, il ne fournit aucun document médical de nature à établir la réalité d'une quelconque pathologie dont il serait atteint et qui ferait obstacle à son transfert en Italie. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. B ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que le préfet des Hauts-de-Seine décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a méconnu ni les stipulations et dispositions susmentionnées ni porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment des considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale et personnelle de M. B, et eu égard aux effets de la mesure de transfert litigieuse, en tout état de cause, l'arrêté querellé n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, la décision attaquée prise à l'encontre de M. B n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les circonstances précitées ne sont pas davantage de nature à faire regarder l'arrêté contesté comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté susvisé du 27 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités norvégiennes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur. Copie sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 09 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : E. DellevedoveLa greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon
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