Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411233
lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411233 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Mohamed, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de verser à son dossier la décision du 24 mai 2024 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a reconnu le statut de réfugiée, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat à une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que l'impossibilité de présenter une demande de titre de séjour la prive de la possibilité d'accéder à un logement et de déposer une demande d'autorisation de travail indispensable à sa situation financière.
La requête a été communiquée le 12 septembre 2024 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
" En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, aux fins d'enjoindre à l'administration de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d'urgence et d'utilité, qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Selon l'article L. 411-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () 3o Une carte de séjour temporaire () ". L'article R. 431-2 du même code dispose que : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Enfin, selon les termes du 9° de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris pour l'application de ce dernier article, les demandes de titre de séjour en qualité de réfugiée doivent être présentées par téléservice depuis le 18 avril 2022.
4. Mme C, ressortissante palestinienne née le 15 octobre 1982 à Gaza (Palestine), a obtenu le bénéfice du statut de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 mai 2024. A partir du mois de juin 2024, la requérante a tenté à plusieurs reprises de présenter une demande de délivrance d'une carte de résident en cette qualité, et se heurte au blocage de la plateforme " Administration Numérique pour les Etrangers en France " (ANEF), au motif qu'elle ne serait pas éligible à une demande de titre fondée sur les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme C demande, sur le fondement de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de verser à son dossier la décision de l'OFPRA du 24 mai 2024.
5. Il résulte de l'instruction que par un courriel du 10 juillet 2024, l'intervenante sociale " aide aux dossiers " du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile de Créteil a saisi les services de la préfecture du Val-de-Marne des difficultés rencontrées par
Mme C pour la présentation de sa demande de carte de résident, et leur a communiqué copie de la décision du 24 mai 2024 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu la qualité de réfugiés à la requérante, ainsi qu'à son fils mineur B. Le préfet du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'allègue pas avoir tenu compte de cette transmission afin de débloquer le compte personnel ANEF de Mme C alors que, selon les termes du courriel précité, l'impossibilité de présenter une demande de titre entraîne le blocage de l'ensemble des démarches d'insertion de la requérante et de son fils.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne d'enregistrer la décision de l'OFPRA du 24 mai 2024 dans le dossier ANEF de
Mme C, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requête.
Sur les frais de justice :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne d'enregistrer la décision de l'OFPRA du 24 mai 2024 dans le dossier ANEF de Mme C, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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