Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411234

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme B qui demandait l'affectation sous astreinte d'un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) pour son fils. Le juge a considéré que, bien que l'urgence soit reconnue, la mesure sollicitée n'était pas utile dès lors que l'administration justifiait de diligences suffisantes et en cours pour pourvoir au recrutement, rendant la demande prématurée. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et du code de l'action sociale et des familles garantissant le droit à l'éducation des enfants handicapés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, Mme D B, agissant en qualité de représentante légale de son fils C A B, mineur, représentée par Me Pierrey, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne d'affecter un accompagnant des élèves en situation de handicap à titre individuel, sur tout le temps de scolarité de son fils, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- depuis la rentrée du 2 septembre 2024, la scolarité de son fils est compromise dès lors qu'aucun accompagnant d'élève en situation de handicap ne lui a été attribué, alors que ses apprentissages sont très en-deçà de ceux qu'il pourrait acquérir avec une telle aide ;

- une telle situation porte atteinte au respect du droit à l'éducation de son enfant ;

- la mesure sollicitée est utile pour obtenir la mise en œuvre de la décision prise par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées le 11 juin 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le caractère urgent de la demande n'est pas contesté ;

- ses services n'ont pas été en mesure d'effectuer une telle affectation dès la rentrée du 2 septembre 2024, et la session de recrutement hebdomadaire du 24 septembre 2024 n'a pas permis de trouver un accompagnant individuel à temps complet pour C ;

- le recrutement d'un tel accompagnant pour cet élève est une priorité, et une personne a vocation à être rapidement affectée auprès de lui ;

- elle justifie ainsi de l'ensemble des diligences accomplies par ses services, circonstance faisant obstacle à la reconnaissance du caractère utile de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 2003-484 du 6 juin 2003 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

" En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l'article L. 521-3, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale, d'exercer sa citoyenneté () ". Selon l'article L. 112-1 de ce code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap () ". L'article L. 351-3 du même code dispose que : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1. () / L'aide individuelle mentionnée au premier alinéa du présent article peut, après accord entre l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation et la famille de l'élève, lorsque la continuité de l'aide est nécessaire à l'élève en fonction de la nature particulière de son handicap, être assurée par une association ou un groupement d'associations ayant conclu une convention avec l'État ". Selon l'article D. 351-16-1 du même code : " L'aide individuelle et l'aide mutualisée mentionnées à l'article L. 351-3 constituent deux modalités de l'aide humaine susceptible d'être accordée aux élèves handicapés. Un même élève ne peut se voir attribuer simultanément une aide mutualisée et une aide individuelle () ". Enfin, l'article D. 351-16-4 de ce code dispose que " L'aide individuelle a pour objet de répondre aux besoins d'élèves qui requièrent une attention soutenue et continue, sans que la personne qui apporte l'aide puisse concomitamment apporter son aide à un autre élève handicapé. Elle est accordée lorsque l'aide mutualisée ne permet pas de répondre aux besoins d'accompagnement de l'élève handicapé. Lorsqu'elle accorde une aide individuelle, dont elle détermine la quotité horaire, la commission susmentionnée définit les activités principales de l'accompagnant ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap sont recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. Ils sont recrutés par l'État, par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre I et au titre II du livre IV de la deuxième partie ou par les établissements mentionnés à l'article L. 442-1. Lorsqu'ils sont recrutés par ces établissements, leur recrutement intervient après accord du directeur académique des services de l'éducation nationale (). / L'autorité compétente de l'État en matière d'éducation et les collectivités territoriales peuvent s'associer par convention en vue du recrutement commun d'accompagnants des élèves en situation de handicap () ". Selon l'article L. 916-1 de ce code : " Des assistants d'éducation sont recrutés par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre I et au titre II du livre IV pour exercer des fonctions d'assistance à l'équipe éducative en lien avec le projet d'établissement, notamment pour l'encadrement et la surveillance des élèves (). / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret (). Ce décret précise () les conditions dans lesquelles les assistants d'éducation mentionnés au deuxième alinéa

du présent article peuvent exercer des fonctions pédagogiques, d'enseignement ou

d'éducation () ". Enfin, l'article 1er du décret n° 2003-484 du 6 juin 2003 fixant les conditions de recrutement et d'emploi des assistants d'éducation dispose que : " Les assistants d'éducation accomplissent, en application de l'article L. 916-1 et du premier alinéa de l'article L. 916-2 du code de l'éducation susvisé, dans les établissements d'enseignement et les écoles, sous la direction des autorités chargées de l'organisation du service, les fonctions suivantes : () 3° Aide à l'accueil et à l'intégration des élèves handicapés et accompagnement des étudiants handicapés () ".

5. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que, d'une part, le droit à l'éducation étant garanti à chacun quelles que soient les différences de situation, et, d'autre part, le caractère obligatoire de l'instruction s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants en situation de handicap ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Il incombe à cet égard à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.

6. M. C A B, né le 12 août 2017, atteint d'un trouble déficitaire de l'attention mixte associé à des difficultés exécutives, a bénéficié de l'attribution d'une aide humaine individuelle aux élèves en situation de handicap sur la totalité de son temps de scolarité, par une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne du 11 juin 2024. Toutefois, l'enfant ne bénéficie

d'aucun accompagnement depuis sa rentrée au titre de l'année 2024-2025 en classe de cours élémentaire 1ère année, au sein de l'école élémentaire Maurice Rousseau de Chennevières-sur-Marne. Mme B demande, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au directeur académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne d'affecter un accompagnant des élèves en situation de handicap auprès de son fils.

7. La rectrice de l'académie de Créteil ne conteste pas l'urgence de la mesure sollicitée, compte tenu du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité dont C est atteint. De plus, au regard des difficultés retracées par le programme personnalisé de réussite éducative mis en œuvre pour cet enfant depuis le mois de janvier 2024, la défense ne saurait contester sérieusement l'utilité de la demande au motif que, malgré les diligences de ses services, la session de recrutement hebdomadaire du 24 septembre 2024 n'a pas permis de trouver une aide individuelle à temps plein susceptible d'une affectation rapide auprès C. En outre, il n'est pas davantage allégué que les sessions de recrutement intervenues postérieurement au 24 septembre dernier auraient permis d'affecter une aide individuelle auprès du fils de la requérante. Enfin, il résulte de l'instruction que la mesure sollicitée ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse, puisque l'attribution d'une aide individuelle au jeune C est reconnue prioritaire par l'académie de Créteil, et qu'elle ne fait pas davantage obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil d'affecter à C Bails-Rodap une aide humaine individuelle pour le temps de sa scolarité, dans les termes définis par la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, dans le délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requête.

Sur les frais de justice :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil d'affecter à C A B une aide humaine individuelle pour le temps de sa scolarité, dans les termes définis par la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, dans le délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,