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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411436

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411436

mercredi 29 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation14ème chambre, DALO
Avocat requérantSTOFFANELLER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a annulé la décision du 28 octobre 2024 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable (DALO) de Seine-et-Marne avait rejeté la demande de Mme C..., personne handicapée logée dans un logement social inadapté. Le tribunal a jugé que la commission ne pouvait légalement se fonder sur le seul fait que la requérante était déjà locataire d’un logement social pour rejeter son recours, sans examiner l’inadaptation de ce logement à son handicap. Cette solution s’appuie sur les dispositions des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2024 et le 12 février 2025, Mme A... C..., assistée de Mme B..., curatrice et représentée par Me Stoffaneller, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;


2°) d’annuler la décision du 28 octobre 2024 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce qu’elle soit reconnue prioritaire et devant être logée en urgence ;



3°) d’enjoindre à la commission de médiation de la reconnaître prioritaire et devant être logée en urgence ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d’un mois à compter de la
notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement à son avocate de la somme
de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi
du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’État.



Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d’erreur de droit dès lors que la commission de médiation ne pouvait se fonder, pour rejeter son recours, sur les circonstances qu’elle est déjà logée en logement social et que sa situation relèverait d’une demande de mutation ;
- la décision est entachée d’erreur dans la qualification juridique des faits dès lors que si elle réside dans un logement social, celui-ci est situé au troisième étage sans ascenseur et se révèle ainsi inadapté à son handicap, qu’elle a sollicité une mutation auprès de son bailleur depuis 2015 et que son logement est sujet à une forte humidité, incompatible avec son état
de santé et celui de son fils.


Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que la requête est irrecevable faute pour la requérante de produire
l’acte attaqué et qu’en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.



Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par
une décision du 21 mai 2025.



Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.



La présidente du tribunal a désigné M. D..., premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l’article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l’article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l’audience.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu à l’audience publique, le rapport de M. D..., les parties n’y étant ni présentes, ni représentées.


La clôture de l’instruction a été prononcée après appel de l’affaire à l’audience.



Considérant ce qui suit :


Mme A... C... a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 15 avril 2024 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 28 octobre 2024, dont Mme C... demande, dans le dernier état de ses écritures, l’annulation.


Sur les conclusions relatives à l’aide juridictionnelle provisoire :


Mme C... ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2025, ses conclusions tendant à son admission à l’aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet, il n’y a plus lieu d’y statuer.


Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :


Il ressort des pièces du dossier que si la requête de Mme C..., qui tendait initialement à l’annulation de la décision implicite par laquelle la commission de médiation
du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente, et qui, dans le dernier état de ses écritures, tend désormais à l’annulation de la décision expresse de la commission
de médiation ayant le même objet, l’administration en a joint une copie à son mémoire enregistré le 17 janvier 2025 au greffe du tribunal, avant la clôture de l’instruction. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l’absence de production par le requérant de la décision qu’il attaque ne saurait être accueillie.

Sur le cadre juridique applicable :


D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant […] est garanti par l’État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’État, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ». Cet article L. 441-2-3 prévoit : « (…) II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. (…) ».


D’autre part, aux termes de l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ».


Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d’urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu’il se trouve dans une des situations prévues au II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation et qu’il satisfait à un des critères définis à l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


Par sa décision du 28 octobre 2024, la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté le recours amiable présenté par Mme C... au motif que qu’étant logée dans le parc locatif social, son recours relève d’une mutation à exiger de son bailleur. Cependant, la circonstance que la requérante occupe déjà un logement social n’exclut pas qu’elle puisse être désignée comme prioritaire et devant être logée en urgence, si son logement présente les caractéristiques mentionnées à l’article R. 441-14-1
du code de la construction et de l’habitation. Ainsi, la commission de médiation
de Seine-et-Marne ne pouvait légalement se fonder sur cet unique motif pour rejeter le recours amiable de Mme C....


Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur
les autres moyens, que la décision du 28 octobre 2024 doit être annulée.


Sur les conclusions à fins d’injonction :


Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. (…) ».

L’annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de Mme C... implique seulement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d’enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de l’intéressée et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin à ce stade de fixer une astreinte.

Sur les frais d’instance :


Mme C... ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative
et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. L’État étant la partie perdante, il y a lieu de mettre à sa charge, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Stoffaneller, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle, le versement d’une somme de 1 000 euros.
D É C I D E :



Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C... relatives à l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 28 octobre 2024 de la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de Mme C... et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L’État versera une somme de 1 000 euros à Me Stoffaneller, avocate de Mme C..., au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C... est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C..., à Mme B..., sa curatrice, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre chargé du logement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2025.


Le magistrat désigné,




O. D...

Le greffier,




S. BONINE



La République mande et ordonne au ministre chargé du logement, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.


Pour expédition conforme,
Le greffier,

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