Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411438
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411438 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 septembre et 7 octobre 2024, M. B A, détenu au centre pénitentiaire de Fresnes, représenté par Me Leblanc, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu'il n'a eu connaissance de l'arrêté en litige, qui ne lui a pas été notifié, qu'en août 2024 durant sa détention ;
- l'arrêté en litige a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pu présenter ses observations devant la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'articles L. 423-23 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 21 juillet 1993 à Douala (Cameroun), déclare être entrée en France en 2005. Il a été mis en possession de cartes de séjour temporaires au titre de sa vie privée et familiale valables du 8 juillet 2013 au 7 juillet 2014 et du 20 octobre 2015 au 19 octobre 2016, puis de cartes de séjour pluriannuelles valables du 6 mars 2018 au 5 mars 2020 et du 27 septembre 2022 au 26 septembre 2024. Par un arrêté du 18 novembre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne, après avis de la commission du titre de séjour, lui a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes du second alinéa de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision () de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle () est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 5° Lorsqu'elle envisage () de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10. ". Aux termes de l'article L. 432-15 de ce code : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 27 septembre 2022 au 26 septembre 2024, a été convoqué, par courrier recommandé avec demande d'avis de réception du 7 février 2023, à la séance de la commission du titre de séjour du 22 février suivant. Ce courrier, adressé au 1 rue des Halles à Bussy-Saint-Georges, a été retourné par les services postaux à l'autorité administrative avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". De plus, le préfet de Seine-et-Marne fait valoir, sans être sérieusement contredit, que cette adresse est la dernière adresse du requérant connue par l'administration. Et M. A ne justifie pas avoir informé l'administration d'un changement d'adresse comme il y était tenu par les dispositions rappelées au point précédent. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant été régulièrement convoqué devant la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant retrait de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". De plus, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en 2005 à l'âge de douze ans, soutient sans être contesté y résider depuis lors. Il a successivement été mis en possession d'un document de circulation pour mineurs de 2007 à 2011, de cartes de séjour temporaires au titre de sa vie privée et familiale valables du 8 juillet 2013 au 7 juillet 2014 et du 20 octobre 2015 au 19 octobre 2016 et enfin de cartes de séjour pluriannuelles valables du 6 mars 2018 au 5 mars 2020 et du 27 septembre 2022 au 26 septembre 2024. Célibataire et sans charge de famille en France, M. A se prévaut de la présence en France de son père, qui a obtenu la nationalité française, de sa mère, titulaire d'une carte de résident, de sa sœur, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ainsi que de plusieurs cousins. Toutefois, il ne produit aucune pièce attestant des liens anciens, stables et intenses qu'il aurait noués et conservés avec ces membres de sa famille et ne justifie pas avoir reçu de visites de leur part durant son incarcération. De plus, en dépit de la durée de sa présence en France, il ne produit pas davantage d'éléments établissant qu'il aurait noué des liens amicaux d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité sur le territoire français. Si le requérant se prévaut de sa scolarité en France, laquelle lui a permis d'obtenir le diplôme du baccalauréat en 2012 puis un brevet de technicien supérieur mention " négociation et relation client " en 2015, ainsi que de son insertion professionnelle en qualité de commercial sédentaire en contrat à durée indéterminée à temps plein au sein de la société Janus de février 2021 à juillet 2022, puis au sein de la société Santé Formapro à compter d'août 2023, ces seuls éléments ne suffisent pas à caractériser une vie privée et familiale au sens des dispositions et stipulations rappelées au point précédent. Enfin, si M. A soutient qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il indique n'être retourné que deux fois depuis son arrivée en France, il n'établit pas être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. / () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, le 4 juillet 2019, par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis à quinze reprises entre le 16 mars et le 30 mai 2019, ainsi que pour des faits d'escroquerie commis à deux reprises en avril 2019. Le sursis a été révoqué à la suite de la condamnation du requérant, le 11 mars 2022, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de vol avec destruction en récidive commis durant cinq périodes entre juillet 2021 et février 2022, d'escroquerie en récidive commis à six reprises entre juillet 2021 et février 2022 et d'usurpation d'identité commis à deux reprises entre juillet 2021 et mars 2022. Enfin, il a été condamné le 1er décembre 2022 par le tribunal judiciaire de Créteil à une peine de dix mois d'emprisonnement pour une série de vingt-sept vols commis entre octobre 2021 et juin 2022. Dans ces conditions, compte tenu de la nature des faits, de leur gravité et de leur répétition, corroborée par l'importance croissante des condamnations prononcées à l'encontre du requérant, ainsi que de leur caractère récent, le préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 432-4, en a fait une exacte application en considérant que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public de nature à fonder un retrait de sa carte de séjour pluriannuelle. Le préfet de Seine-et-Marne, tirant les conséquences de cette décision, a fait une exacte application du 3° de l'article L. 611-1 en prononçant en conséquence une obligation de quitter le territoire français à l'encontre du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
Le magistrat,
Signé : T. BOURGAULa greffière,
Signé : N. RIELLANT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2411438
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