Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411549

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Éloignement 12
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a rejeté la requête de M. C, ressortissant sri lankais, qui contestait l'arrêté du 11 septembre 2024 ordonnant son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile. Le requérant invoquait un vice de procédure lié à une saisine tardive des autorités allemandes et un défaut d'examen de sa situation personnelle. Le tribunal a estimé que la préfète avait procédé à un examen particulier de la situation de M. C et que le moyen tiré de la méconnaissance des articles 23 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 n'était pas fondé. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, des injonctions et des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Chemin, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités allemandes ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer l'attestation afférente dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce que la saisine des autorités allemandes est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Dellevedove pour exercer les fonctions prévues par les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dellevedove ;

- les observations de Me Pentier, substituant Me Chemin, représentant M. C, assisté de Mme B, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui soutient, en outre, que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et que la France est devenue l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête et qui fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri lankais né le 30 janvier 2003, a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 13 août 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 11 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne a prononcé le transfert de M. C aux autorités allemandes. M. C demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.

3. En second lieu, en soutenant que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice de procédure en raison de la tardiveté de la saisine des autorités allemandes et que, par voie de conséquence, les autorités françaises seraient responsables de l'examen de sa demande d'asile, M. C doit être regardé comme invoquant à cet égard la méconnaissance des dispositions des articles 23 et 25 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible () ". Aux termes de l'article 23 de ce même règlement : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. / Si la requête aux fins de reprise en charge est fondée sur des éléments de preuve autres que des données obtenues par le système Eurodac, elle est envoyée à l'État membre requis dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande de protection internationale au sens de l'article 20, paragraphe 2. / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ". Aux termes de l'article 25 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ". Aux termes de l'article 2 du règlement

n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié par le règlement d'exécution

n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 susvisé : " Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe III, exposant la nature et les motifs de la requête et les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil sur lesquels elle se fonde () ". Aux termes de l'article 15 de ce règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmise via le réseau de communication électronique établie au titre II du présent règlement. () / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse. ". Aux termes de l'article 19 de ce même règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " 1. Chaque État membre dispose d'un unique point d'accès national identifié. / () 3. Les points d'accès nationaux sont responsables de l'émission d'un accusé de réception pour toute transmission entrante. / 4. Les formulaires dont le modèle figure aux annexes I et III ainsi que le formulaire de demande d'information figurant à l'annexe V sont transmis entre les points d'accès nationaux dans le format fourni par la Commission () ". D'une part, il résulte de ces dispositions que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau DubliNet, par le point d'accès national de l'État requis lorsqu'il reçoit une requête aux fins de reprise en charge présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette requête et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de un mois ou de deux semaines au terme duquel la requête aux fins de reprise en charge est tenue pour implicitement acceptée. D'autre part, il résulte de l'annexe II au règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 susvisé que constitue une preuve, pour la détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, le résultat positif fourni par le fichier européen Eurodac après comparaison des empreintes du demandeur avec les empreintes collectées au titre de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé instituant le système Eurodac de comparaison des empreintes digitales. En vertu de l'article 24 de ce règlement, les empreintes digitales des personnes ayant franchi irrégulièrement la frontière d'un État membre en provenance d'un État tiers sont enregistrées dans ce système dans la catégorie 2 et les personnes, demandeurs d'une protection internationale, dans la catégorie 1, leurs identifiants Eurodac comportant un code commençant respectivement par les chiffres 2 et 1.

4. De première part, la préfète du Val-de-Marne produit la lettre de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur en date du 13 août 2024 qui justifie du résultat positif des recherches entreprises sur le fichier européen Eurodac à partir du relevé décadactylaire établi le même jour pour M. C lors de l'introduction de sa demande d'asile en France, objet du présent litige, et qui révèle que ses empreintes ont été précédemment relevées exclusivement le 21 juillet 2022 par les autorités allemandes en catégorie 1, soit en qualité de demandeur d'asile. M. C ne saurait sérieusement soutenir qu'il aurait exprimé l'intention de présenter une demande d'asile en France dès le 29 novembre 2022 lors de l'audition préalable à l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet le même jour pour son entrée irrégulière sur le territoire français et qu'il aurait été convoqué à la préfecture du Val-de-Marne en décembre 2022 pour concrétiser l'introduction de cette demande d'asile en se bornant à produire la capture d'écran d'un document qu'il présente comme étant cette convocation alors, d'ailleurs, que le représentant de la préfète du Val-de-Marne conteste à juste titre la valeur probante de ce document et que l'intéressé n'établit pas, en tout état de cause, qu'il se serait présenté à cette convocation ni qu'il aurait contesté un quelconque refus d'enregistrer sa demande d'asile. Il s'ensuit que le requérant ne saurait être regardé comme ayant présenté une demande d'asile en France préalablement à la demande d'asile qu'il a déposée le 13 août 2024 au sens des dispositions susmentionnées en sorte que la computation des délais de saisine des autorités allemandes doit s'effectuer à compter de la réception du résultat positif obtenu à partir du fichier Eurodac à cette même date, conformément aux dispositions susmentionnées. La circonstance, à la supposer établie, qu'il aurait contesté auprès de la préfecture du Val-de-Marne l'obligation de quitter le territoire susmentionnée par un courrier dont il produit à l'audience l'accusé de réception du 3 janvier 2023, comme il le soutient à l'audience, est à cet égard sans incidence.

5. De seconde part, il ressort, en outre, des pièces du dossier et notamment de la requête aux fins de reprise en charge de M. C et de l'accusé de réception de cette requête émis le 4 septembre 2024, dans le cadre du réseau DubliNet, par le point d'accès national allemand, qui permettent d'identifier sans équivoque l'intéressé, que les autorités allemandes ont été saisies à cette date de cette requête aux fins de reprise en charge dans les conditions susmentionnées. En application des dispositions susmentionnées, les autorités allemandes ont fait connaître leur accord explicite par lettre du 5 septembre 2024. Dès lors, par l'arrêté litigieux du 11 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne a pu, en se fondant sur les documents précités sans commettre d'erreur de droit ni de vice de procédure au regard du processus de détermination de l'État membre responsable, prononcer le transfert de l'intéressé vers l'Allemagne en raison de l'existence préalable de cet accord explicite.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté susvisé du 11 septembre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités allemandes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : E. DellevedoveLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant