Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411558
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, complétée le 30 septembre 2024, M. G E, représenté par Me C, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de la validité de son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire, ainsi qu'à la restitution de son permis de conduire, dès notification du jugement ; ou à défaut de statuer de nouveau sur la situation du requérant ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique qu'il a pris connaissance, lors d'un contrôle de police, de la perte de 4 points sur son permis de conduire, qu'il a ensuite constaté que quatre nouvelles infractions avaient été relevées à son encontre en octobre et novembre 2023, qu'il a déposé plainte pour usurpation d'identité le
17 juin 2024, qu'il a constaté sur son relevé d'information intégral une adresse à Paris (75020) qui n'était pas la sienne, qu'il s'est ensuite aperçu, le 20 août 2024, que son permis avait été invalidé pour solde nul de points alors que la décision correspondante ne lui a jamais été notifiée.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a besoin de son permis de conduire pour exercer sa profession d'électricien et il risque de perdre son emploi et, sur le doute sérieux, qu'il ne s'est jamais vu notifier les avis d'infraction ayant entraîné la perte de ses points, qu'il n'est pas l'auteur de ces infractions, l'adresse figurant sur le relevé étant fausse.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir tiré de la tardiveté de la requête au fond, la décision contestée ayant été notifiée à l'adresse de l'intéressé le 1er juillet 2024, et de l'incompétence du tribunal administratif pour juger de l'imputabilité des infractions qui lui sont reprochées.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024 sous le n° 2411560, M. D E a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 1er octobre 2024, tenue en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de
Me El Badrawi substituant Mme C, représentant M. D E, absent, qui rappelle qu'il a été informé lors d'un contrôle de police de la perte de son permis, qu'il a été victime d'une usurpation d'identité, que les avis d'infractions comme la décision d'invalidation ont été envoyés à une fausse adresse, que la condition d'urgence est satisfaite car il a besoin de son permis de conduire pour travailler et qu'il a déposé une plainte en raison d'usage d'une fausse plaque d'immatriculation.
Le ministre de l'intérieur, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Le 7 octobre 2024, M. D E, représenté par Me C, a présenté une note en délibéré.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 13 juin 2024, le ministre de l'intérieur a informé M. D E de la perte de validité de son permis de conduire après une infraction constatée le
6 novembre 2023 à Paris (75020). Cette décision a été présentée le 1er juillet 2024 à une adresse à Paris (75020), 1 rue des Cendriers, chez M. A, et a été retournée au service avec la mention " avisé et non réclamé ". Cette adresse n'est pas l'adresse personnelle de M. D E, qui réside à Créteil (Val-de-Marne). Celui-ci, le 17 juin 2024, avait déposé une plainte pour usurpation d'identité après avoir constaté, lors d'un contrôle de police du 21 mai 2024, qu'il avait perdu quatre points sur son permis de conduire pour une infraction constatée le 5 décembre 2022 à Paris (75018). Lors de cette plainte, il s'est avéré que quatre nouvelles infractions avaient été constatées en octobre et novembre 2023 et que son permis n'était plus valide et que, entre le
21 mai et le 17 juin 2024, son adresse figurant sur le fichier de l'Agence nationale des titres sécurisés avait été modifiée. Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, il a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de
l'affaire. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
4. Aux termes de l'article 521 du code de procédure pénale : " Le tribunal de police connaît des contraventions ". Aux termes de l'article 522 du même code : " Est compétent le tribunal de police du lieu de commission ou de constatation de la contravention ou celui de la résidence du prévenu. ". L'appréciation de l'imputabilité à l'intéressé d'une infraction à raison de laquelle des points ont été retirés au capital de points affecté à son permis de conduire relève de l'office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Par suite, la contestation de cette imputabilité ne constitue pas un moyen susceptible d'être invoqué devant le juge administratif à l'encontre des décisions de retraits de points prises par le ministre de l'intérieur.
5. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D E a été informé, le 21 mai 2004, que son permis de conduire avait été affecté de la perte de points pour une infraction commise en décembre 2023. Il lui appartenait dès lors de saisir sans délai le tribunal de police d'une contestation de cette infraction en apportant tous éléments de nature à démontrer qu'il ne pouvait l'avoir commise, alors même qu'il soutient qu'à cette date, son relevé d'information intégral comportait encore son adresse réelle, celle-ci n'étant modifiée que le mois suivant, au plus tard le 13 juin 2024, date d'émission de la décision " 48 SI " contestée.
6. Par suite, la situation qu'il déplore ne résultant que de son propre retard à faire valoir ses droits, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier concrètement et globalement, ne peut être considérée comme satisfaite.
7. Dans ces conditions, la requête de M. D E ne pourra qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir du ministre de l'intérieur tirée de la tardiveté de la requête en annulation.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G E et au ministre de l'intérieur.
Copie sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
B : M. AymardB : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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