Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411611
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411611 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me De Seze, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 11 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date de dépôt de sa demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien préalable afin d'évaluer sa vulnérabilité, mené par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration spécialement formé à cette fin ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité du questionnaire d'évaluation déterminé par l'annexe de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation pour ne pas avoir tenu compte de sa situation personnelle et familiale et des motifs légitimes justifiant son refus d'orientation en région.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le rapport de M. Bourgau magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A et enregistrée le 11 octobre 2024, n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante burundaise née le 13 mars 1993 à Bujumbura (Burundi), est entrée en France afin d'y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 11 septembre 2024. Le jour même, la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a proposé une structure d'hébergement à Dijon, qu'elle a refusée. Par une décision du 11 septembre 2024, dont Mme A demande l'annulation, la directrice territoriale de Créteil de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision contestée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation de la requérante, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement Mme A en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 551-15 de ce code : " () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien visant à évaluer la vulnérabilité de Mme A a eu lieu le 11 septembre 2024. De plus, d'une part, si la fiche d'évaluation de la vulnérabilité de la requérante ne comporte pas l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, il ne résulte d'aucune disposition que l'administration soit tenue d'y faire figurer cette mention. D'autre part, la fiche d'évaluation de la vulnérabilité de la requérante, si elle ne comporte pas la signature de l'agent ayant conduit l'entretien, mentionne néanmoins ses initiales et sa qualité d'auditeur, comporte le cachet de la direction territoriale de Melun de l'OFII et il ne se déduit par ailleurs d'aucune pièce du dossier que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne spécifiquement formée. Dès lors, l'entretien de Mme A doit être regardé comme ayant été mené par un agent ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, pris dans ses différentes branches, doit être écarté.
7. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
8. La décision en litige n'a pas pour base légale l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas été prise pour son application, de sorte que la requérante ne peut utilement exciper de l'illégalité de cet arrêté.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de Créteil de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration détermine la région de résidence en fonction de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région en application du schéma national et en tenant compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du demandeur au regard de l'évaluation prévue au chapitre II du titre II et de l'existence de structures à même de prendre en charge de façon spécifique les victimes de la traite des êtres humains ou les cas de graves violences physiques ou sexuelles. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
11. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII, qui a examiné les besoins et la situation personnelle et familiale de la requérante, a pris en compte sa vulnérabilité, laquelle a été évaluée lors de l'entretien conduit par l'agent de l'OFII le 11 septembre 2024. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de vulnérabilité de Mme A que cette dernière, âgée de vingt-et-un ans à la date de la décision contestée, célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et qui ne se prévaut d'aucun problème de santé, a indiqué lors de son entretien être hébergée par une amie en Ile-de-France à titre précaire. Dès lors, alors même qu'elle allègue désormais être hébergée de manière stable par un tiers en Ile-de-France, c'est à bon droit que l'OFII lui a proposé un hébergement pour demandeur d'asile. Et si la requérante soutient également qu'elle est inscrite dans un établissement d'enseignement supérieur à Paris pour l'année universitaire 2024-2025 depuis le 3 juin 2024 et que le suivi de sa scolarité est incompatible avec la proposition d'hébergement dans une structure située à Dijon, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle en aurait informé l'OFII avant l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de la requérante que l'OFII, tirant les conséquences du refus de la proposition d'hébergement, a pris la décision en litige. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me De Seze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
Le magistrat,
Signé : T. BOURGAULa greffière,
Signé : N. RIELLANT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2411611
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