Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411706

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a annulé la décision du 13 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. B, un demandeur d'asile afghan. Le tribunal a jugé que cette décision était insuffisamment motivée en fait, car elle ne précisait ni l'objet ni la date des entretiens que le requérant aurait manqués, et que l'OFII n'avait pas démontré que les convocations avaient été effectivement reçues par l'intéressé. Cette solution est fondée sur les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent une motivation écrite et précise ainsi qu'une mise en mesure préalable de présenter des observations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 13 septembre 2024 ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'a manqué aucun rendez-vous dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 5 janvier 1998 à Nangarhar (Afghanistan), est entré en France pour y demander l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure normale le 27 janvier 2023. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a octroyé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 13 septembre 2024, dont M. B demande l'annulation, le directeur territorial de Créteil de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ". Et aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée ne précise ni l'objet ni la date des entretiens personnels concernant la procédure d'asile que le requérant n'aurait pas honorés, de sorte qu'elle est insuffisamment motivée en fait. Au demeurant, si l'OFII produit en défense des convocations à deux entretiens des 20 juin et 18 juillet 2024 en vue du renouvellement de la carte " allocation pour demandeur d'asile " du requérant, il ne justifie nullement de la réception par ce dernier desdites convocations. D'autre part, en produisant un bordereau de recommandé avec demande d'avis de réception dépourvu de cachet de La Poste, de date d'envoi et de date de réception, l'OFII n'établit pas davantage que le courrier du 21 août 2024 informant le requérant de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et l'invitant à faire part de ses éventuelles observations dans un délai de quinze jours aurait bien été reçu par son destinataire, de sorte que la décision en litige ne peut être regardée comme ayant été prise à l'issue de la procédure contradictoire prévue par les dispositions rappelées au point précédent. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée est insuffisamment motivée et a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 13 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas nécessairement le rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. B à compter du 13 septembre 2024, date d'édiction de la décision annulée. En revanche, elle implique nécessairement que la situation de M. B soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hug, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, partie perdante, le versement à Me Hug d'une somme de 900 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 13 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. B.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Hug, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, une somme de 900 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hug et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2411706