Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411736
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411736 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, M. B C, représenté par Me De Almeida, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre la décision implicite de rejet opposée par le préfet de Seine-et-Marne à sa demande de titre de séjour ;
2°) d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité salariée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 000 euros au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, de nationalité capverdienne, il est entré en France en novembre 2016, qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale en mars 2022 en préfecture de Seine-et-Marne, qu'il travaille depuis janvier 2021, qu'il a épousé une ressortissante française le 27 mai 2023, qu'il n'a été apporté aucune réponse à sa demande, qu'une décision implicite est donc née dont il a demandé la communication des motifs sans recevoir de réponse également.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il travaille et est le conjoint d'une ressortissante française et parent d'un enfant français depuis un mois, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de ses motifs qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 24 septembre 2024 au préfet de Seine-et-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024 sous le n° 2411684, M. C a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 8 octobre 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Lellouche, représentant M. C, présent, qui rappelle qu'il est entré en France en 2016, qu'il a déposé une demande de titre de séjour en mars 2022, qu'il a épousé une ressortissante française en mai 2023, qu'une décision implicite de rejet a été opposée à sa demande dont il a demandé la communication des motifs, qui maintient que la condition d'urgence est satisfaite car il a perdu son emploi, que la décision critiquée est illégale et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales car il est mariée avec une française et a un enfant et qui demande qu'une astreinte soit prononcée à l'encontre du préfet de Seine-et-Marne.
Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant capverdien né le 29 août 1996 à Santa Caterina (île de Santiago), entré en France selon ses dires en novembre 2016, a sollicité du préfet de Seine-et-Marne, par un dossier transmis à ses services le 29 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir la présence régulière sur le territoire de membres de sa famille proche, soit sa mère et ses sœurs, en situation régulière, et son travail de boiseur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il a épousé le 27 mai 2023 en mairie de Chelles (Seine-et-Marne) une ressortissante française et le couple a un enfant né en août 2024, ce dont le préfet de Seine-et-Marne a été informé le 9 septembre 2024. N'ayant eu aucune réponse à sa demande présentée en mars 2022,
M. C a considéré s'être vu opposer une décision implicite de rejet dont il a demandé au préfet de Seine-et-Marne de lui communiquer les motifs par une lettre reçue au service le
29 septembre 2023. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande. Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, il a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet et sollicite du juge des référés, par une requête du 23 septembre 2024, la suspension de son exécution.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, M. C est le conjoint d'une ressortissante française depuis mai 2023 et le père d'un enfant de nationalité française depuis août 2024. La condition d'urgence sera donc considérée comme satisfaite.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. Aux termes également de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
7. Aux termes enfin de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " ; et de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 29 mars 2022, M. C a transmis en préfecture de Seine-et-Marne, conformément à la procédure déterminée par celle-ci, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, qu'il n'a pas été répondu à cette demande dans le délai de quatre mois, ce qui a fait naître une décision implicite de rejet, que, par une lettre reçue en préfecture le 29 septembre 2023, M. C, par la voie de son conseil, a demandé la communication des motifs de cette décision au préfet de Seine-et-Marne. Il est constant qu'aucune réponse n'a été apportée à cette demande dans le délai d'un mois ni même dans le cadre de la présente requête, le préfet de Seine-et-Marne n'ayant présenté aucun mémoire en défense, n'étant pas représenté à l'audience et n'ayant donc pas contesté le caractère complet du dossier déposé par M. C en mars 2022.
9. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée est de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
13. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.
14. En l'espèce, la présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision implicite opposée par le préfet de Seine-et-Marne à la demande de délivrance d'un titre de séjour à M. C, implique seulement qu'il lui soit remis en mains propres, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, sans qu'il soit besoin à ce stade de fixer une astreinte.
Sur les frais du litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 000 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite opposée par le préfet de Seine-et-Marne à la demande de délivrance d'un titre de séjour déposée par M. C le 29 mars 2022 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre en mains propres à
M. C, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'au jugement à intervenir sur la requête en annulation présentée le 20 septembre 2024.
Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à M. C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2411736
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