Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411794
lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411794 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FELTESSE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Feltesse, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre la décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 08 août 2023 notifiée le 11 septembre 2024, portant retrait du titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui remettre en mains propres, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étudiant, avec l'autorisation de travail correspondante, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête formée le 12 septembre 2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, de nationalité marocain, il est entré en France en novembre 2028 avec un visa d'étudiant, qu'il a bénéficié de titres de séjour en cette qualité et qu'il a appris qu'il avait fait l'objet, le 8 août 2023, d'une décision portant retrait de son titre de séjour pour ne pas avoir répondu à une procédure contradictoire.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car la décision en cause lui retire son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, qu'elle a été prise sans respect du principe du contradictoire et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir tiré de la tardiveté de la requête au fond.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique enregistré le 7 octobre 2024, M. B, représenté par
Me Feltesse, conclut aux mêmes fins.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le n° 2411317, M. B a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 8 octobre 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Feltesse, représentant M. B, présent, qui rappelle que la condition d'urgence est satisfaite car il s'agit d'une procédure de retrait d'un titre de séjour délivré en février 2023, qu'il n'a reçu aucune des deux lettres et qu'il continue ses études.
Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 26 janvier 1999 à Agadir, s'est vu délivrer, le
24 février 2023, par le préfet de Seine-et-Marne une carte de séjour pluriannuelle de deux ans en qualité d'étudiant. Deux mois à peine après cette délivrance, le préfet de Seine-et-Marne a décidé d'engager à son encontre une procédure de contrôle de la réalité de ses études en lui demandant, par une lettre du 4 mai 2023, de lui produire une attestation d'assiduité récente. Cette lettre n'a jamais été remise à l'intéressé, les services postaux l'ayant retournée à l'administration avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Par une lettre du 13 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne a alors engagé la procédure contradictoire prévue aux articles L .121-1 à L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration. Cette lettre n'a pas non plus été distribuée à son destinataire, les services postaux la renvoyant cette fois avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Par une décision du 8 août 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donc procédé au retrait de la carte de séjour de M. B. Cette décision n'a pas non plus été remise à l'intéressé, les services postaux la retournant cette fois avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". M. B indique que cette décision lui a été notifiée le 11 septembre 2024. Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, il a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du 24 septembre 2024 la suspension de son exécution.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
3. Lorsque la requête en annulation d'une décision administrative faisant l'objet d'une demande de suspension présentée au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est irrecevable, cette demande de suspension doit être rejetée comme non fondée.
4. Pour soutenir que la requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait non fondée, le préfet de Seine-et-Marne soutient que la requête en annulation enregistrée le 12 septembre 2024 serait irrecevable car tardive, la décision contestée ayant été présentée à l'intéressé et étant revenue au service le 31 août 2023.
5. Toutefois, et d'une part, le préfet de Seine-et-Marne n'établit pas que la lettre contenant la décision en litige a bien été adressée au domicile déclaré de l'intéressé à Lieusaint,
11 boulevard Victor Schœlcher, les informations sur l'enveloppe communiquée étant masquées par les mentions des services de la Poste. D'autre part, M. B établit, à supposer que son adresse ait été effectivement mentionnée sur cette lettre, qu'il résidait toujours à cette adresse au mois d'août 2023.
6. Par suite, dans la mesure où cette lettre a été retournée à l'administration avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ", le requérant est fondé à soutenir qu'elle n'a pas fait l'objet d'une notification régulière par les services postaux et que, par voie de conséquence, sa requête en annulation n'est pas tardive.
7. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne ne pourra qu'être écartée.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
8. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
9. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il prétend défendre. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
10. Par ailleurs, il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
11. Au soutien de la condition d'urgence, le requérant fait valoir que la décision en cause l'empêche de terminer son contrat d'apprentissage auprès de la société " LMFOOD669 " de Pontault-Combault (Seine-et-Marne). Or, il ressort des pièces du dossier d'une part que ce contrat est arrivé à échéance le 30 septembre 2024 et d'autre part que le cursus de formation en mastère du programme " Management d'entreprise en Euro-Méditerranée " de M. B auprès de l'établissement " Campus Strat@innov " de Paris (75116) s'est déroulé sur les années 2022-2023 et 2023-2024 et est donc terminé.
12. Par suite, et nonobstant ce qui a été précisé au point 10, la condition d'urgence, qui doit être évaluée à la date de l'ordonnance du juge des référés, ne peut être considérée comme satisfaite, le requérant ayant, à la date de la présente ordonnance, terminé à la fois ses études et son contrat d'apprentissage.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2411794
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